
S’il est un sujet aux côtés d’autres, qui retient sans grande difficulté l’attention d’une diversité de personnes, au gré de l’actualité avec les désormais réguliers classements de tous ordres qui captent aisément l’attention, ou des débats contradictoires animant des plateformes variées, c’est celui du développement des territoires et particulièrement ceux au Sud du Sahara.
L’on a pu apercevoir avec le bond récent effectué par la République de l’Inde, en termes de Produit Intérieur Brut ($ US Courants), un regain d’intérêt se traduisant par de multiples interprétations de cet état des choses. Il n’aura pas fallu beaucoup, tant l’information impliquant ce vaste pays d’Asie du Sud et l’ancienne puissance conquérante, l’Angleterre puis le Royaume Uni, fut aussitôt reprise par les médias parmi les plus importants de la littérature financière et économique.
UK Slips Behind India to Become World’s Sixth Biggest Economy
Il faudrait bien évidemment rappeler qu’en termes de Parités de Pouvoir d’Achat ($ US Courants), permettant de mettre en équivalence des rapports locaux au coût de la vie1, cela était déjà le cas il y a bien longtemps. Nous y reviendrons probablement en traitant un autre sujet.
Il y avait déjà là de quoi interroger, non seulement par le fait que cette annonce ait pu susciter autant de commentaires, mais aussi et surtout par les parallèles prévisibles qui ont été faits avec les chemins empruntés par des États continentaux, constructions historiques bien particulières, et tout autant anciennement le terrain de conquêtes européennes qui ont bifurqué au XIXe siècle.
Ce bref constat en appelle un autre. Celui de l’interprétation que l’on peut avoir de mouvements indiciels, par extension de leur compréhension, et de regards que l’on peut développer sur des itinéraires économiques, de pays qui certes ne nous sont pas inconnus dans l’absolu, mais dont des aspects essentiels sont grandement ignorés.
Il nous permet notamment, de préciser que l’expansionnisme subi, n’est fondamentalement pas le corollaire d’une supériorité morale et humaine, mais résulte avant tout d’écarts d’efficacités technologiques et(ou) stratégiques, à un moment précis, sans essentialisation. Ce qui rend de facto inapproprié, tout argumentaire rendant fascinant un renversement ultérieur de positionnements.
Si le mot est familier, et se retrouve maintes fois sur les langues ou dans des contenus, qu’ils soient académiques ou de prétention différente, il est en revanche particulièrement souvent compris de bien des manières, qui peuvent être exotiques à souhait.
Le Développement, est pour certain(e)s un agencement plus ou moins tangible de caractéristiques empruntables, pour d’autres un état d’ensemble qui matérialise des transformations, à l’instar de celles qu’ont pu drainer dans leurs sillages, des contemporanéités asiatiques ou occidentales. Nous entendons par-là, les réalisations les plus visibles de sociétés, et ce qu’elles suscitent comme impressions, pour des populations à distances considérables de ces dernières. Dans les deux cas, nous sommes en face de caractérisations indélicates.
Le moment de la bascule
Ce terme, comme d’autres, a muté au gré de desseins variés – dans son contenu et ce qu’il suscite chez les individus, – pour avoir désormais une connotation qui n’est pas étrangère à un relatif appauvrissement au fil du temps.
À la fin de la décennie débutée en 1940, le monde connait des bouleversements qui vont participer à modeler les relations internationales et spécifier de nouvelles prérogatives nationales. La mise en place de l’aide massive à la reconstruction européenne, la même année que l’édiction de la doctrine Jdanov ; les soubresauts consécutifs à l’ébranlement de velléités, précipitant le départ des britanniques du Raj2 qu’ils s’étaient accordés en Asie du Sud ; la contestation d’horreurs en deçà du Sahel – se traduisant entre autres par le rejet des camps de travaux forcés3 et des conditions misérables de travail, contribuant au déclenchement du considérable mouvement gréviste dakarois (1947-1948)4, – sont quelques éléments qui peignent le tableau d’un moment charnière.
À l’orée de la décennie suivante, des mots prononcés5, et qui d’ailleurs recevront un accueil enthousiaste dans les milieux privilégiés du monde en vue d’alors, vont contribuer à rompre définitivement avec un ordre ancien, positionnant le leader du Mundus Novus, comme investi d’une mission non plus civilisatrice comme d’autres auparavant, mais comme le chef de file d’un sacerdoce salvateur, pour des pays non-industrialisés, dotés d’une « vie économique primitive et stagnante ».
« Le refoulement de l’histoire est l’ambition des économistes, définissant l’économie comme la science du marché et de la rationalité, voulant fonder leur discipline sur le modèle des sciences dures, (et) ou assimilant l’économie à une discipline normative. »6
Nous avons ainsi, jetées, les bases de cadres qui verront éclore de nouveaux mouvements intellectuels et politiques. Ceux-ci ne vont non plus aborder la question des progrès civilisationnels et territoriaux, comme étant multifactoriels – avec des acquis se construisant dans un temps long, en récupérant des éléments clés à des époques non forcément contingentes, – mais comme un état pouvant être créé de toutes pièces, et que l’on va décorréler d’éléments décisifs. C’est la naissance de tendances, qui vont entre autres instituer des pratiques méthodologiques et logiques souvent préjudiciables, comme source d’intérêts à la fois pour la recherche, mais aussi et surtout pour la gouvernance des pays ciblés.
Ainsi Walt W. Rostow, fer de lance d’une doctrine prégnante7 et théoricien d’une discipline nouvellement apparue, évoquera dans une œuvre8 devenue référence, une nécessité préalable de « suprématie sociale et politique d’une élite sur les propriétaires fonciers, brisant la mainmise sur les revenus », et un aspect bénéfique et primordial des « transformations imposées par la société coloniale, dans la moitié Sud du monde ».
Ce concept, le Développement, dans les déclinaisons les plus courantes qui sont exposées, est d’abord une affaire de croyance. Il naît du regard sur des sociétés rencontrées et découvertes de longues décennies auparavant, par le prisme de l’assujettissement, et de la négation d’une existence valable, en dehors de la seule démarche civilisante de celui qui subvertit. Cette conviction, ne va pas rester cantonnée à l’imaginaire de dominants socio-politiques, mais par le biais de mécanismes plus ou moins apparents, se diffusera aux masses à la destinée desquelles ils président désormais, et selon des degrés variables.
Du déjà vu et des certitudes enivrantes
La connaissance minutieuse de l’autre, de ce qui synthétise ses interactions, productions matérielles et immatérielles, ne peut s’appréhender sans l’inclure rigoureusement dans les schémas de production de connaissances le concernant. Ce qui est fort bien difficile, quand on le définit dans une altérité qui ne le permet pas.
La réflexion qui structure la philosophie de départ, porte la promesse séduisante d’un décollage. Elle tire aussi son essence, d’écrits qui ont fait des émules ; de réflexions certes structurées sous certains angles, mais qui ont assez en partage le fait qu’elles ramènent tout ou presque aux cadres dont elles émergent, sans jamais vraiment réussir à accorder la place nécessaire à l’apprentissage et au recul. Ce que toute réflexion qui se veut affutée sur des sujets qui incluent l’autre, ne peut délaisser.
Des siècles durant, des postures se sont couvertes du prestige de mobiliser l’argument de la transformation vertueuse chevauchant la désirée liberté, comme pouvaient le laisser transparaître des classiques de la pensée politique, en témoigne le best-seller paru en 16909. En revanche, la matérialité de leur expression ne s’est pas privée d’un appui servant l’exploitation d’autrui. Ce qui rompt de toute évidence avec un éventuel caractère universel, et rappelle une mission première, l’amélioration de performances ciblées ou relativement plus diffuses. Bonifier l’accumulation de ressources, l’optimalité subjective de leur usage, avec pour corollaire un rayonnement de l’appareil central, comme pour donner raison à une certaine conception de la puissance nationale.
Il serait difficile, voir improbable en toute honnêteté intellectuelle, d’imaginer un praticien respectable, épiloguer sur des remèdes thérapeutiques, sans trouver nécessaire de s’intéresser préalablement et réellement à son patient.
Pourtant, nombreux sommes-nous, à nous éprendre d’accomplissements économiques de territoires que l’on considère ne pas avoir besoin d’approcher, ne serait-ce que par une démarche autorisant à aller au-delà, de bribes subsistant après des parcours académiques, de lectures se voulant brèves et confortables, ou d’opinions construites à partir de bruits divers, fussent-elles intéressantes.
S’il semble n’y avoir qu’un frêle intérêt, pour les conditions prévalant à des moments décisifs de la marche de sociétés autres, ni engouement flagrant pour appréhender des mécanismes issus de ce qui est résolument le produit de ce qu’elles ont suscité, en revanche il y a entrain pour embrasser corps tout entier, le pari de l’universalité de travaux et de pensées.
Nous en venons ainsi, à la place qu’occupe dans nos certitudes, les idées que nous construisons sur des tangibilités que nous ne cernons que trop peu. Il y a comme une subsistance d’une matrice héritée par laquelle nous passons au crible, un grand nombre de dimensions complexes et difficilement saisissables. Ici, cela se traduit par cette démarche qui dispense de considérer rigoureusement le résultat de l’expérience de l’autre, qui la synthétise par des éléments simplement assimilables, avant de lui imposer les perspectives de sa propre imagination. Nous sommes en présence d’un penchant naturel, qui explique en partie la récurrence du procédé.
Il y a certes un besoin avéré de motiver, de mobiliser des forces, et d’attache à des buts remplissant cette tâche.
Cependant, est-il d’un secours efficace, de résumer en quelques maximes savamment construites, des décennies et des siècles de vie d’une multitude de personnes, impliquées dans des mouvements longs et difficultueux ? L’on répondra oui, selon l’idée que l’on a de l’accessibilité du cheminement à reproduire, ou de la satisfaction à se convaincre d’être désormais intégrés dans des processus irrémédiablement vertueux. Un mélange de jeux d’affects et de certitudes rassurantes.
Les collectifs formés par les individus dans leur diversité, ont toutefois à leur portée non sans efforts, mais après discernement méthodique des causes explicatives de leurs positions, la capacité d’être ceux qui impulsent ou dirigent, les changements bénéfiques à mêmes de transformer leurs sociétés, pour le meilleur et non le pire. Cela est par contre commun.
Le mythe du modèle de développement, simplifie des itinéraires en laissant suggérer e.g. que l’essor connu par Singapour est à imputer à l’arrivée de Sir Stamford Raffles sur l’île en 1819, ignorant des siècles de positionnements commerciaux stratégiques10, ou encore laissera imaginer que les étapes franchies par la Chine post-révolutionnaire, sont à assigner à une ouverture sur une volonté effrénée d’industrialisation, occultant les socles minutieusement construits.
En effet, nous percevons des prémices déjà sous la dynastie Tang (618-907), avec une structuration de la production agricole et un dynamisme des productions littéraires11, établissant les bases de systèmes politiques servant de trame à des gouvernances successives. Ils se confirment par le biais de la dynastie Song (960-1279), avec le déploiement de la puissance commerciale, industrielle et scientifique, impliquant la géographie environnante12. Ces périodes ont vu naître les noyaux de communautés diasporiques actives, et ont définitivement modelé les cadres connus bien plus tard, par les dirigeants les plus récents.
Nous pourrions également hâtivement, penser que le sillon tracé par le Japon d’après la capitulation, est dû à un non-attardement sur son passé, occultant le rapport aux évolutions cruciales impulsées par les Tokugawa13, et la construction éducative, politique et culturelle de l’ère Meiji – servant en quelque sorte de repère à ce qui survint ensuite14, comme l’évoquait d’ailleurs également Pierre-François Souyri, – mettant en exergue la nécessité d’approcher véritablement pour espérer un début de clarté du discernement15.
Il serait tout aussi trivial de considérer que la prospérité actuelle du Qatar, est une émanation d’une gestion efficiente de la manne pétrolière, consécutive aux découvertes des champs Dukhan et Idd al-Sharqi, du dôme du Nord.
De tels propos, signifieraient un mépris des frustrations, ressentiments aux germes productifs, actions mûries, facteurs démographiques favorables, et métamorphoses sociologiques engendrées depuis les bruits de canons portugais, impliquant le capitaine Goncalo da Silveira au XVIIe siècle16, à l’autonomie réclamée par Sheikh Mohammed bin Thani, en passant par l’occupation ottomane.
Ce sont tant d’affirmations courantes, mais qui laisseraient bien dubitatif toute personne s’intéressant réellement à ces vieux territoires.
Illusions de similarités et désirs
Il y a régulièrement des regards involontairement dépouillés, sur des territoires insuffisamment approchés pour tenter de l’analytique, y compris hélas parfois même sur les nôtres. Faire fi des mécanismes qui ont rendu possible leurs ascensions, qu’elles soient structurelles ou plus superficielles – par incorporation à des dynamiques globales de marché, – sape ainsi toute possibilité, de se saisir du décryptage non seulement des achoppements actuels, mais aussi de prendre la mesure des chantiers à initier, dans un environnement qui paradoxalement laisse sans cesse peu de place à l’approximation.
Nous sommes en face, de biais entretenus par des incompréhensions de l’environnant – souvent confortées par des savoirs que nous ne jugeons pas nécessaires d’amender, – mais aussi par des canevas standardisants, que semblent dessiner notre rapport à l’instruction académique, avec des tendances bien plus larges ôtant continuellement la part de complexité, de ce qui se présente à nous. Cette vision est notamment celle qui a poussé Habibur Rahman, à prendre à contre-pied par un ouvrage utile17, le récit réducteur 18 qui s’est évertué pendant des décennies, à caricaturer l’origine de l’essor de l’ancienne Katara dans la péninsule arabique.
Si une évolution de la discipline économique, a elle-même laissé suggérer que la comptabilité nationale dont l’objectif et les logiques sont pourtant clairs19, pouvait rendre compte à elle seule de l’état profond et de la situation réelle d’économies à un instant donné, elle est également comptable de multiples échecs d’approches, qui sont suffisamment bien documentés.
La volonté de trouver des similarités, qui dans le fond sont assez légères quand elles se révèlent, crée des illusions de comparabilité de situations ou de territoires, qui faussent des identifications et accroissent la difficulté de posséder et vivre pleinement sa réalité.
Le goût prononcé pour la mise en comparaison de tout, notre affection pour la désignation de modèles desquels il n’est perçu que ce sur quoi les yeux se portent de prime abord, font résumer des cheminements en de simples mantras.
En écartant de simples données, comme le rapport entre le nombre d’agents productifs, et le niveau de la Valeur Ajoutée globale qui en découle, indépendamment du degré transformatif des industries – qu’il s’agisse d’un simple processus ou d’implications sophistiquées à l’exemple de la haute technologie, – l’on écarte sans cesse des indices disponibles et déterminants.
Le goût prononcé pour la mise en comparaison de tout, notre affection pour la désignation de modèles desquels il n’est perçu que ce sur quoi les yeux se portent de prime abord, font résumer des cheminements en de simples mantras, faisant oublier que la civilisation indienne avait déjà révolutionné l’industrie des siècles auparavant, s’éloignant de la dépendance de productions chinoises dans le textile, alimentant les savoirs humains par des innovations navales, la métallurgie et l’imprimerie, le tout, chose à préciser, en usant non accessoirement d’une main d’œuvre servile, entre le XIe siècle et le XVe siècle.
La propension à conférer une vertu transcendantale à toute démarche analytique intégrant de la data, symptomatique d’une ère de prédominance de l’apparence scientifique, conduit régulièrement à se contenter de redescendre des études afin de s’attarder sur des notations et classements finaux – laissant fréquemment aux oubliettes les méthodologies, – ce qui participe à fausser une compréhension, qui reste pourtant décisive et à la portée de tou(te)s.
Les environnements, de plus en plus mus par des volontés de s’imposer par des discours expéditifs, accroissent les risques de se saisir dans les expressions qui y naissent, de ce qui pourrait revêtir l’allure d’un empirisme, en usant sans ménage de rhétoriques et de supports, que l’on érige en élément capables de faire office de sous-traitants des capacités intrinsèques d’analyse. Face à ces périodes de rejet progressif de l’imbriqué et du peu transparent, la réponse par des postures de recul suffisant, se présente comme étant la seule issue viable.
Nous arrivons cette fois-ci, à nous poser une question. Dans une démarche rétrospective, pourrait-on s’attarder sur un reproche fait à John Locke, d’avoir été actionnaire de la Royal African Company20, – particulièrement active dans la traite transatlantique – tout en brandissant des idéaux de liberté qui ont participé à sculpter des mondes ; ou encore sur celui fait à Adams Smith, d’avoir été admiratif du traitement des esclaves dans les terres hexagonales ultramarines de l’époque21, en le qualifiant de source de performance ?
Probablement non, à moins de nier la contradiction évidente d’intérêts et d’objectifs initiaux. L’on ne pourrait reprocher véritablement – du moins en dehors d’une volonté de se placer dans une morale universalisante, – à des intellectuels significativement encensés par leur intelligentsia de l’époque, d’avoir pensé les termes de la supériorité économique et culturelle de celle-ci. Tout comme l’on ne peut douter, que les particularismes des sociétés autres que les leurs aient pu être spontanément cibles d’intérêts suffisants. Cela va de soi. Notre étonnement ou déception, serait alors proportionnel(le) à l’idée d’eux, que nous avions été relativement seuls à forger.
Cela est connu, l’on s’évertue sans cesse à placer sur un piédestal, des productions intellectuelles, que nous ne passons au crible de l’adéquation contemporaine ; et à penser encore comme avant-gardistes, des textes qui ont pour principal mérite d’être le reflet de réflexions utiles et motivées, de personnes sur leurs propres réalités. L’Autre ne saurait être source d’universalité par défaut.
Les insuffisances de démarches analytiques dira-t-on, n’enlèvent rien à des états de stagnation ou d’avancées non-satisfaisantes, de pays qui en référence au tiers état sous l’ancien régime, ont été désignés par le vocable tiers monde. Une comparaison qui somme toute, est parlante.
C’est là une erreur considérable, car remédier à ce que l’on ne prend le temps de disséquer de façon approfondie, est une entreprise bien hasardeuse. Une épée qui fend les espoirs de constitution à horizon cohérent, d’épistémê denses et prolifiques.
En définitive, la démarche idoine ne saurait-être que l’apanage de personnes en nombre réduit, comme des institutionnels. Elle devrait être dans le pire des cas, faite sienne par une part suffisamment étendue des populations, privilégiées par l’instruction et l’accès aux moyens matériels de subsistance décente, dans les environnements concernés.
L’inédit appelle des approches novatrices
Il est question là, d’une configuration relativement inédite dans l’histoire de l’humanité. Nous nous interrogeons sur le sort de territoires, aux dimensions politiques contrastant considérablement sous divers aspects, avec leurs spécificités endogènes, tant en termes de choix de structures organisationnelles que d’adhésions locales à celles-ci.
Ceux-ci se trouvent emportés dans un courant mondialiste, qui ne laisse que peu de marges à l’impréparation, dans un contexte de raréfaction de ressources clés, et de fluctuations incommodantes des termes de l’échange.
De surcroit, la modification de modes de consommation déjà entamée, laisse particulièrement vulnérables des économies faiblement préparées aux bouleversements qui s’annoncent, et qui en même temps peinent à constituer un capital humain à même de répondre à ces enjeux inévitables. Les marges disponibles, sont de toute évidence infimes.
Le décor est assez explicite, pour peut-être laisser advenir une conscience partagée, d’un impératif de délaissement de postures inadéquates.
Une question demeure, quel est le choix fait et qui sera prépondérant ?
Il y a accoutumance à une logique de performance, qui a fini par structurer nos cadres les plus intimes. Elle nous conduit à considérer que les mutations profondes et structurantes, peuvent être le fait de décisions dont les contenus et l’inefficience du timing, n’ont pour but premier que d’atteindre des objectifs quantifiables, auxquels l’on a préalablement pris le soin d’attribuer des mérites aussi nobles que parfois disproportionnés.
Cette quête standardisée aux implications uniformisantes, est une occurrence alimentant des postures à l’enthousiasme contrastant avec les retombées palpables.
Les impératifs de correspondance à des ordres de fonctionnement et de production, poussent à prioriser la conformité à des buts définis par des forces non-maîtrisables, par rapport à d’autres plus légitimes, dans la mesure où ils procèdent de besoins primordiaux des sociétés impliquées.
Les logiques de performances, telles qu’elles sont générées par les nouvelles et attractives doxas, sont mises en œuvre dans des contextes incessants de morcellement de problématiques majeures. Elles peuvent ainsi difficilement avoir de quoi juguler de façon appropriée, des situations dont les ressorts bénéficient d’éléments renforçant des menaces, qu’elles soient démographiques, sociales ou sécuritaires.
Si l’on pointe fréquemment du doigt le changement de mentalités, comme étant un prérequis, en revanche nous ne pensons pas suffisamment en adéquation avec l’urgence, les outils permettant de pallier les préjudices causés par celles-ci. Lorsque dans des modernités en quête de repères et de consistance, nous réduisons l’analyse des déterminants et accélérateurs antérieurs de trajectoires, à des formules satisfaisant une déclinaison préférable des choses, nous choisissons délibérément d’être davantage dans la réponse aux enjeux éclosant dans la rudesse de leurs contraintes, que dans une anticipation de problématiques à venir.
Il ne suffira pas d’être issus de régions d’un continent dit d’avenir, mais il faudra s’abreuver autant que possible dans la lucidité du réel, et d’être aptes à faire éclore une multitude d’individualités, capables de prendre la mesure des défis collectifs actuels et prochains. Des changements sont visibles et à encourager, en espérant qu’ils puissent satisfaire en intensité et en récurrence, aux exigences de ces enjeux de la dernière chance.
Par Aidy
- Toujours avec une prudence requise quant aux conclusions à tirer.[↩]
- Dénomination donnée à la domination britannique, en Inde. Ce terme trouve également des origines dans le sanskrit, avec une signification proche de celle de « gouvernance » ou « règne ».[↩]
- Voir par exemple, Tiquet, Romain. Travail forcé et mobilisation de la main-d’oeuvre au Sénégal: années 1920-1960. France: Presses universitaires de Rennes, 2019.[↩]
- Voir par exemple, Cooper Frederick, 1987, « La question du travail et les luttes sociales en Afrique britannique et française, 1935-1955, in M. Agier, J. Copans, A. Morice (éds.), Classes ouvrières d’Afrique noire, Paris, Karthala-Orstom : 77-112[↩]
- The Avalon Project, Yale University library, Inaugural Address of Harry S. Truman, Thursday, january 20, 1949. https://avalon.law.yale.edu/20th_century/truman.asp[↩]
- Hugon Philippe. L’économie du développement, le temps et l’histoire. In: Revue économique, volume 42, n°2, 1991. pp. 339-364.[↩]
- Voir par exemple, Milne, David. America’s Rasputin: Walt Rostow and the Vietnam War. États-Unis: Farrar, Straus and Giroux, 2008.[↩]
- Rostow, Walt Whitman., Rostow, W. W.. The Stages of Economic Growth: A Non-Communist Manifesto. Royaume-Uni: Cambridge University Press, 1990.[↩]
- Locke, John. Traité du gouvernement civil. France: Chez Calixte Volland, libraire, 1802.[↩]
- Voir par exemple, Yong, Tan Tai., Heng, Derek., Borschberg, Peter., Guan, Kwa Chong. Seven Hundred Years: A History of Singapore. Singapour: National Library Board, 2019.[↩]
- Voir par exemple, Benn, C. D., Benn, C. (2004). China’s Golden Age: Everyday Life in the Tang Dynasty. Royaume-Uni: Oxford University Press.[↩]
- Voir par exemple, The History of Science of Song, Liao, Jin and Xixia of Dynasty . N.p.: DeepLogic, (n.d.).[↩]
- Voir aussi par exemple, Nathalie Kouamé, « L’État des Tokugawa et la religion. Intransigeance et tolérance religieuses dans le Japon moderne (XVIIe-XIXe siècles) », Archives de sciences sociales des religions [En ligne], 137 | janvier – mars 2007, mis en ligne le 05 juin 2010, consulté le 07 décembre 2022. URL : http://journals.openedition.org/assr/4328[↩]
- Cousin, Marion. « Les manuels de géométrie dans le Japon de l’ère Meiji (1868-1912) : Des témoins des révolutions du livre et de l’enseignement des mathématiques », Revue d’histoire des sciences, vol. 70, no. 1, 2017, pp. 109-145.[↩]
- Souyri, Pierre-François. « La modernité japonaise dans tous ses états », Le Débat, vol. 153, no. 1, 2009, pp. 88-99.[↩]
- Costa, D. (2020). The Wavering Power – The Portuguese hold on the Arabian coast of Oman 1622-1650. Masters Thesis, Universidade Nova De Lisboa.[↩]
- Rahman, Habibur. The Emergence of Qatar: The Turbulent Years, 1627-1916. Royaume-Uni: K. Paul, 2005.[↩]
- « La façon dont nous percevons et pensons l’Histoire, est influencée par la façon dont nous l’étudions et l’écrivons. » Ibid.[↩]
- Voir par exemple, Vanoli, André. Une histoire de la comptabilité nationale. France: La Découverte, 2002.[↩]
- The Royal African Company Slave Trade to Virginia, 1689–1713.” M.A. thesis, College of William and Mary, 1969. Law, Robin, David Ryden, and J. R. Oldfield[↩]
- Smith, Adam. Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations. France: Buisson, 1860. URL: https://www.anthropomada.com/bibliotheque/Adam-smith-4.pdf[↩]