
d’après le dessin de Jean Antoine Foulquier
Gravure in « Le tour du monde », sous la direction d’Edouard Charton, 1863
Collection de Selva
Des pans des Histoires africaines subsahariennes, connaissent un regain d’intérêt depuis quelques années, au travers d’une diversité d’expressions. Cela se perçoit particulièrement entre autres, par l’attrait suscité par des productions cinématographiques – médium à forte attractivité, – et littéraires, contribuant à remettre au-devant de la scène, des dimensions significatives de la vie de sociétés antérieures, ainsi que des parcours riches de sens.
Ces mouvements, parfois portés par des visions entrées en maturation dans les diasporas, n’en demeurent pas moins des pendants contemporains, de démarches érigées près d’un siècle en arrière, par des intellectuels locaux – à l’instar de l’universitaire Paul Hazoumé et de son ouvrage paru en 19371, – dont les réalisations, ont fini souvent étouffées dans le bruit des marches vers les modernités actuelles, et peinent encore à recevoir un accueil suffisant.
De ces legs de l’Histoire, émergent des femmes dont on ne pourra réellement comprendre le parcours, sans se plonger un tant soit peu dans les spécificités d’une société, celle à l’origine d’une entité politique, le Dan-Xômè2. Souvent à tort identifiée stricto sensu au territoire sous administration coloniale qui l’inclura après 1894, elle évolua en réalité aux côtés d’autres, parmi lesquels les royaumes d’Allada et de Houéda, au Sud, qui seront intégrés à son giron longtemps après sa création, ou encore des États Nikki et Kandi du pays Baatonou, au Nord3.
Dépeinte comme appartenant à ces « nations de sauvages par nature », aux habitants dont la « cruauté dès le bas âge » est le propre – et nécessite donc que l’on prenne du recul face aux critiques en défaveur de la Traite4, – elle est entrée à l’exemple de diverses contrées, dans le dualisme de la caricature eurocentrique de l’époque.
Ces femmes aux noms évocateurs, auront d’ailleurs leur image liée à celle d’un royaume, que la propagande esclavagiste de ce temps révolu s’attèlera à essentialiser – arguant une adhésion pleine au projet de Traite, – malgré des évènements comme la destruction de « maisons » de rétention, lors de l’entrée des forces royales dans Savi (Huéda) en mars 1727, ce qui participe à mettre en évidence des imbrications plus complexes.
Le Danxômè, c’est d’abord la trajectoire prise par les fon5 sur le plateau d’Agbômê, la future capitale, parmi des peuples gèdèvi et zâ, qui selon des récits recoupés, ont précédé les descendants de Dogbagli6, sur ces terres. Personnage énigmatique, il est intimement lié à la postérité guerrière dans laquelle s’inscriront des souverains, de Huegbadja, en passant par la reine Tassin Hangbê7, jusqu’à Gbowele fo adà bò agbeji nolo8, adversaire des troupes coloniales, défendu dans le maquis par de redoutables fidèles, les Agôdôdjiché.

De la gbetô à la femme-soldat
La société fon, au travers des expressions qui l’ont nourrie, a vu naître en son sein une certaine vision du féminin, circonscrite toutefois à un environnement dominé par l’idée de la panthère mâle et de sa prégnante symbolique. Dans ces terreaux fortement infusés du religieux notamment articulé autour de prêtresses, et d’une cosmogonie dont découle une relation dynamique avec le vivant – par des pratiques évolutives au fil du temps, – la femme s’est tôt positionnée dans des rôles perçus à tort comme dévolus au masculin.
Elle fut observée occupant des fonctions clés, à l’instar de la Mi-gan-non10, chargée de tâches peu commodes, appartenant à la hiérarchie ministérielle la plus haute11, intervenant dans les décisions parmi les plus importantes du pouvoir central12, affublée du glaive, et ayant un rapport d’autorité directe avec les femmes en armes présentes dans l’enceinte du palais.
Cependant, l’image de celle qui pourfend l’agressivité qui lui fait face, qui brave ce que l’on n’ose défier sans risques conséquents, apportant pitance aux siens, est faite sienne dans le rôle des Gbetô (sign. gardiennes de la brousse, et détentrices de ses savoirs).

Ces dernières, lames affutées aux pas feutrés, dotées de l’attirail adéquat, galvanisées par la mission qui est la leur, ont dès les fondements du pouvoir d’Agbômê13, installé dans les imaginaires, l’étendue et l’éventualité d’un pouvoir que ses sujets côtoieront. Cette présence, n’est pas sans rappeler celle qui adviendra bien plus tard, dans la tournure improbable de l’affrontement avec les forces armées ashanti à Atakpamé en 176414, puis au début de la décennie 184015, dont la mémoire a conservé les détails, cela bien avant le règne de Gué si man si Gbê zô16, plus connu sous le nom de roi Guézô.
Si l’impératif de subsistance en environnement relativement hostile, a fait perdurer un corps de gbetô rudement entrainées, assignées scrupuleusement à leur fonction première, en revanche, l’élaboration considérable des processus de recrutement collectifs, a fait correspondre à la nécessité de densifier les effectifs, l’obligation de déroger à des règles restreignantes. Ainsi, l’idée de l’enrôlée du fait d’une réputation en conflictualité avec les mœurs admis localement, s’est progressivement effacée pour inclure dans le processus, des femmes aux statuts variés – nobles ou roturières, volontaires ou conscrites, – en allant jusqu’à user selon les contraintes des tensions, de combinaisons incluant des chasseresses dans des offensives, comme sous le règne de l’axòsu17 Gbowele.
Agbajigbeto18, intrépides, férues de compétitions, qu’elles soient cantonnées à des garnisons officiant à la cour royale comme Djèdopko19, ou privilégiées issues de familles nanties comme les Ahouannaton, parfois épouses armées en alerte constante, dissimulant leurs armes par des artifices, ces femmes partageaient une même dévotion et fidélité à un sacerdoce auquel elles se plièrent contre vents et marrées. Cohorte faisant montre d’une longévité de la rigueur martiale, – à l’instar de la figure de Nansica20, avec laquelle la mise en garde « Agô ! »21 gardera un sens limpide et ne perdra en rien sa vigueur – c’est une trajectoire emprunte de fureur et de passion, qui sera la sienne.
À l’évidence, l’on n’a pu qu’avec des captives et rebelles contestataires d’ordres établis, alimenter des contingents élitistes, à mêmes de défendre le territoire, le pouvoir du Dada22, et porter sa puissance jusqu’aux confins du pays. Tout comme les hommes, ces guerrières, bien que coutumières de potions censées les éloigner de la fertilité, ont pu en tant que réservistes23, en dehors des champs de bataille et de l’appel martial, partager des vies familiales et maritales selon leurs choix. Cet état des choses a pu évoluer progressivement vers des contraintes accrues, le rendant relativement impossible, notamment sous les derniers règnes monarchiques. La vie à l’écart, pour celles non enrôlées comme Djèdopko, fut une pratique admise en son temps comme nécessaire, et a pu renforcer les mystères autour de leurs habitudes.

Il est difficile d’évoquer le parcours de ces Agoodjiè (nom qui leur fut attribué), sans préciser la progressive et méticuleuse structuration de l’armée du Danxômè au fil du temps. La nécessité de la montée en puissance de celle-ci, dans un environnement déjà belliqueux dès l’installation des adja24, laisse suggérer un espace géographique aux conflits latents, aux abords des zones d’influence Yoruba (Ketu, Ife, Ibarapa, etc.).
Cela va impulser plus tard, un dynamisme de la croissance des recrutements de combattant(e)s, les déployant dans tout le royaume, et définissant les paramètres d’identification, de segmentation selon les spécialités, aussi par la volonté des souverains de laisser leurs empruntes.
L’arme à feu, mousquet, tromblon, ou fusil plus avancé, fit probablement une entrée remarquable dans les arsenaux pendant le règne de l’axòsu Agadja25, conquérant de régions côtières. Ainsi, celles qui utiliseront le Dà ou le Tú, le fusil, apparaitront avec un élément supplémentaire asseyant la suprématie de ces femmes, sur des fronts où elles feront aussi bien usage de Gyànkpà, machette, sabre, que de divers équipements tranchants. Alors d’un regard sceptique, nous observons l’idée d’une organisation dans laquelle sur le théâtre des opérations, l’usage du mousquet ou de la carabine eut été dévolu à d’autres. Un soin particulier a donc été mis, à les doter des équipements les plus performants. Il est par ailleurs difficile, d’établir une subdivision figée de l’armée (ce que l’on pourrait penser par des lectures), celle-ci ayant été considérablement réorganisée sous différents règnes.
C’est fort de ces groupes de soldates – dont les noms ont été pensés pour intimider et spécifier une assignation dans le dispositif danxômènou26, – que le pouvoir étendra son influence, envahissant au cours de la décennie 1720, les abords de la ville de Huéda, terre de prédilection de négociants portugais, hollandais ou encore français.

La Mère de Kpô
Souvent la source de confusions, figure impressionnante, vénérée par les armées, institution du pouvoir danxômènou apparue à mi-chemin de la longue existence du royaume, la Kpô ji to, celle qui met au monde la panthère, est un symbole fort. Au sein du palais, elle a souvent incarné la génitrice des souverains, qu’ils soient disparus ou en fonction. Elle se manifeste à certains égards, comme étant un prolongement réformé – de la présence imposante tout en restant discrète – de l’image de la reine mère. Le lien de sang n’étant pas une condition sine qua non à l’incarnation de la fonction, les femmes officiant comme telle, ont émergé de milieux divers.
L’on garde en mémoire le souvenir, de Kpôjito Hwanjile, sous le règne de Tegbessou, antérieurement captive introduite à la cour d’Agadja, dont les savoirs emmagasinés et la dextérité politique ont contribué à lui donner une carrure considérable; ou encore celui de Na Agontimé28, sixième Kpôjito selon un décompte possible, dépossédée de son prestige et déportée29. Selon des points de convergence, sa destination fut probablement le Brésil30, où l’hypothèse de la continuité de l’exercice de son rôle de prêtresse à Casa das Minas, est soulevée par Pierre Verger31.

Laiton, Trône en bois, daté d’avant 19359
Force politique certaine, intégrée dans un type de « tandem » que relaie la vision d’Edna G. Bay, toutefois il convient d’apporter une nuance. Avec la Kpôjito, il semble que nous soyons en face de prérogatives, certes à mêmes d’influer sur des successions par des stratégies de positionnement de protégé(e)s au sein de la cour, mais qui contrastent significativement avec celles obtenues par Hangbê la téméraire, axòsi incarnant pleinement la femme-roi, lorsqu’elle s’assit sur le trône.
Tout comme les jumeaux Akaba et Tassin étalent un règne dans lequel la seconde semble en retrait, dans le cas de Kpôjito, nous retrouvons d’une certaine manière, nonobstant le mérite de la philosophie du partage de pouvoir, une condition qui dira-t-on puise des origines dans les modalités du statut initial et n’y déroge pas réellement.
Diplomate, parlant à l’oreille du souverain, incitant à des décisions clés, la Kpôjito fut au centre d’attentions impliquant des offrandes venant de sujets. Recevant le respect dû à leurs titres – par les Kpossi, reines favorites parfois au nombre de quarante et une, et Ahossi reines du second cercle, – les mères des Kpô, ont su marquer le cours de la vie du Danxômè, par l’innovation de leur fonction et la présence de leurs qualités intrinsèques, pour représenter des figures inséparables du pouvoir. L’institution de cette déclinaison de la reine mère, la logique qui l’a soutenue, non dépendante des liens biologiques, n’a pu ainsi rester cantonnée à la région d’Agbômê, se propageant dans d’autres lieux.
Des généralismes inopérants
Comment une société, dans laquelle l’on ne retrouve pas à proprement parler une logique fondamentale de l’asservissement mercantile, a pu contribuer à alimenter un trafic innommable sur une période couvrant de nombreuses décennies d’infamie ?
Il sera ici question, de replacer de la complexité dans une réflexion qui ne peut s’en défaire, et rejeter des contorsions intellectuelles visant à euphémiser ou disculper des postures gravissimes.
Les représentations que l’on se fabrique de moments historiques, sont exposées aux influences des imaginaires que l’on mobilise à l’écoute de termes, et à l’évocation de périodes marquantes.
Si les pratiques d’esclavage internes aux sociétés africaines subsahariennes, ne sont aucunement moralement plus acceptables que la condition de l’esclave dans les plantations Outre-Atlantique, en revanche, leurs déclinaisons, que l’on soit au cœur de sociétés alladian, ashanti, ou au sein des espaces danxômènou, drainent des singularités qui ne peuvent être aisément perceptibles sans se rapprocher de creusets berçant leurs environnements.
L’argument mettant en scène des sociétés au Sud du Sahara, naturellement structurées en faveur d’une logique de traite, souffre d’une pertinence questionnable.
Des interactions conflictuelles récurrentes, des mises en captivité courantes faisant suite à des querelles de succession, disputes de territoires, actions en réponse à la présence menaçante de voisins belliqueux, ne sont en rien des critères décisifs pouvant expliquer et justifier les orientations que prendront des terreaux, les faisant basculer dans un ordre commercial, industrialisant la déshumanisation et la servilité, actant la création d’altérités humaines continuelles, satisfaisant des velléités d‘accumulation et de domination.
Tout comme l’analyse des chemins de traite traversant le Sahara dès le VIIIe siècle, met au jour un agencement de contraintes, de décisions, et de coercition créant de fait un afflux de captifs principalement vers le Nord et le Nord-Est, l’existence d’un esclavage dit patriarcal observée dans des régions forestières et côtières Ouest-africaines, puisant aussi sa source dans un clivage entre maîtres et obligés, entre vainqueurs et populations exposées, défaites après des guerres, n’a suffi à créer les conditions d’émergence d’une nécessité économique constante d’un approvisionnement en personnes captives, dont dépendra inéluctablement l’alimentation en ressources vitales des entités souveraines, comme ce fut le cas à Athènes au Ve siècle, dont le mode d’administration politique ne naît pas ab ovo, mais est rendu possible de façon décisive par l’institution de l’esclavage.
Quand Nuno Tristão et Antão Goncalvez32 ramènent durant les années 1440, des africains capturés, enlevés de leurs propres terres sans aucune belligérance préalable, des siècles avant le contact des premiers officiels avec la chefferie Gléhoué33, nous avons des prémices d’une entreprise qui n’aura besoin de grand-chose, pour prendre des proportions considérables.
Il en est de même, de motivations observées chez des explorateurs, lorsqu’ils identifient la « Costa de Malegens »34 sur le littoral ivoirien, vraisemblablement désignée ainsi du fait d’une attitude affichée par des locaux, contrastant avec celles autorisant l’instauration d’échanges commerciaux avantageux. Les propos de Duarte Pacheco Pereira à ce sujet35, sont particulièrement évocateurs.
Le XVe siècle, verra la matérialisation sur le globe dit de Martim Behaim, d’un territoire qui deviendra la cible de l’expérimentation d’une industrie qui fera d’individus transportés de divers endroits, de simples « capita ».
Les portugais sur les mers, atteignent la région désignée par le mot « Guinée », avec à leur passif un usage de razzias, déjà maintes fois mises en œuvre36. En longeant les côtes africaines après Ceuta, c’est tout en étant motivés par une interprétation de textes donnant une tournure particulière à une pratique existante, que certains d’entre eux et non des moindres, comme Gomes Eanes de Zurara37, vont jeter leur dévolu sur des régions, qui dira-t-on abritent des « personnes à la nature intrinsèque servile »38, faisant d’elles, le cœur de la création d’une altérité utile à des desseins portés par la couronne de l’époque.
Le récit de la Traite, est à l’évidence aussi celui de la construction d’une identité servile, pouvant s’accorder avec des objectifs de rayonnement d’un pouvoir central expansionniste. Cette vision d’un préalable théorique39, est partagée par Gnimbin A. Ouattara40.
Les navigateurs qui rendront cela possible, deviendront un fer de lance d’un ordre doctrinal, qui sévira ensuite dans les Amériques, notamment dans les engenhos41 de Pernambuco et de Paraíba, constitués avec l’aide de fonds y compris hollandais42.
La demande constante que produira ce choix de génération de richesses, antérieur même à la constitution du Danxômè et de forces politiques régionales comme celle de Huéda, tablant sur des espérances de vies ne dépassant pas souvent dix ans dans l’affre des plantations43, va s’articuler non seulement autour d’une captation de capitaux d’origines multiples, mais aussi de la sophistication et la financiarisation de mécanismes, qui seront des éléments déterminants, permettant de jauger l’intensité de la volonté de pérenniser et d’accroître des activités à la rentabilité significativement attractive.
L’une des déclinaisons de cette démarche, s’est tôt retrouvée dans le rôle de Joao de Santarém et Pedro Escobar, ouvriers à la fois de la naissance de la Fortaleza São Jorge da Mina et de l’essor de la stratégique colonie de São Tomé.
Cette conception particulière, fera aboutir à des valeurs marchandes en jeu, d’un ordre de grandeur bien différent de celui de la dizaine de manilles en alliages cuivreux, versée en contrepartie de l’acquisition d’un esclave acheté sur les côtes de la baie du Bénin.
Avec la production générée par la force de travail esclavagisée, il fut ainsi possible d’atteindre et de dépasser une productivité annuelle d’environ 1 458 arrobas (27 tonnes) de cannes par esclave44.
Après la domination de Madère en tant que leader de la production au début du XVIe siècle, par l’entremise de la main-d’œuvre subsaharienne déportée, et consécutivement aux obstacles à l’implantation de plantations sur le continent africain, la production brésilienne de sucre supportée par une centaine d’entre elles, atteindra les 400 000 arrobas (plus de 5 500 tonnes) au cours de l’année 1583.
L’on dépassera les 1 200 000 arrobas en 1629, avec un prix de plus de 1 000 réis pour une dizaine de kilogrammes de sucre45.

Elle est issue d’une épave localisée au large des Îles Sorlingues, à proximité des côtes anglaises.
La cargaison contenait plus d’une tonne de manilles, et la masse de tels artefacts oscille entre 80 g et 400 g.
Il est à noter au fil du temps, une variation de forme et de masse selon les usines européennes de production et les marchés d’esclaves africains de collecte, entrant en adéquation avec l’accessibilité des métaux (cuivre, étain, etc.), et les besoins de standardisation de ces monnaies d’échange souvent stockées par dizaines de tonnes dans des factories locales.
Le prix d’acquisition d’une manille, estimé à 10 réis en Flandre au cours de la première moitié du XVIe siècle47, rapproché à la valeur d’échange d’un esclave – qui fut de quelques manilles – et des revenus générés par la production d’un engenho, comprenant autour de 100 esclaves – pour les plus importants d’entre eux48, – permet de se faire une idée de revenus engrangés.
L’élasticité de la demande d’esclaves par rapport au prix, est un élément additionnel permettant de mesurer la persistance de la demande et l’incitation à s’approvisionner, entre autres par une faible sensibilité des acheteurs, à la hausse des prix proposés49 durant le dernier quart du XVIIe siècle.
Une économie danxômènou de traite ?
En évitant de nous saisir d’une matrice ouvrant le champ à des responsabilités indistinctes – se fondant dans l’horreur des pratiques questionnées – il convient de dresser un tableau relativement large, des imbrications et des volontés ayant façonné ce passé. La volonté de décorréler les choix et décisions, des implications qu’ils ont sur la durée, conduit à ne s’attarder que sur l’état de conséquences en fin de processus, et à fausser les compréhensions, dont celles de mécanismes.
La société fon d’Agbômê, mue par des velléités guerrières perçues déjà durant sa fondation, – et plus largement représentatives de siècles africains aux bouillonnantes interactions dans lesquelles les centres de pouvoir se faisaient et défaisent au gré des rapports de force – se situe au départ à bonne distance d’États de la région, premiers à voir ériger des bâtisses européennes de traite.
Dans ce cadre, traversé plus tard par l’aura de rois-dieux, aux pouvoirs qui côtoieront autorité terrestre et légitimation divine, aux implications dépassant parfois l’imaginable, les Agôdôdjiché aux côtés des autres forces armées royales, conditionnées implicitement par une autorité transcendantale, à laquelle elles-mêmes n’échappaient pas – comme le rappelle la mémoire danxômènou, – mèneront sous des règnes marquants comme celui d’Adandozan50, des expéditions qui vont grossir le nombre de captifs, et trouver matière à alimenter des volontés sacrificielles, dans des célébrations périodiques qui vont s’intensifier bien tardivement.
Ces matérialisations de la démesure du pouvoir, occasions indirectes de glorifier la prouesse des soldat(e)s par des parades, ce que l’on va désigner par le terme coutume, comme le note notamment C. Coquery-Vidrovitch, a dépendu considérablement dans son évolution aberrante contestée au sein de l’appareil décisionnaire, – retranscrite aussi par l’opposition entre le roi Kpengla et les Bokonon, interprètes du Fa, l’oracle51, – de l’intensité de l’activité des négociants.
Des décennies auparavant, lorsque le pouvoir du Danxômè par le biais d’Agadja, parvint à se créer un autre accès maritime en faisant tomber celui des maîtres de Huéda, il le fait dans une confusion quasi-générale, non étrangère au flou qui recouvre des intentions que n’arrivent à discerner des intermédiaires de l’époque. Ceux-ci, en provenance de Bahia, ou mobilisés par la satisfaction de demandes conséquentes dans le Nouveau Monde en quête de main d’œuvre – et déjà fortement engagés dans des transactions avec comme seul bien d’échange clairement désiré et exigé, l’humain – vont voir s’effondrer leurs activités pendant des années.
Les correspondances52 entretenues par les directeurs de factories53 et leurs seigneurs, sont à ce titre fort instructives, et permettent d’enrichir la lecture de ces évènements.
En avril 1730, João Basilio, à la direction de la Fortaleza São João Batista d’Ajuda54, évoqua les bouleversements consécutifs aux attaques danxômènou en ces termes: « La côte de Mina est toujours dans la même situation. Tant qu’il y aura le Daomé, ces désordres continueront. Celui-ci est entré en négociation avec Ayo55 […] S’ils font la paix, il y aura peu d’espoir de voir porter remèdes aux dommages que l’on subit, parce que le Daomé empêche le passage des esclaves et vole les nègres qui vont à l’intérieur les acheter. Il insulte les localités où vivent les blancs, raison pour laquelle ils vivent tous dans l’incertitude et avec de grands risques pour leur vie. ».
Un bon moment va alors s’écouler, avant que les marchands ne réussissent à rétablir l’attractivité de la contrepartie souvent aurifère56, aux multiples usages dans une région désireuse de moyens permettant conquêtes et thésaurisation.
W. Snelgrave, marchand d’esclaves reconnu et averti, constatera dans son ouvrage paru en 1734: « Le roi du Dahomè n’entretient point un commerce réglé, il ne vend que ceux qui sont pris à la guerre. ».
Si les conclusions d’Isaac A. Akindjogbin, sur la volonté abolitionniste émise par le Danxômè avant 174057, sont nuancées par celles de David Henige et Marion Johnson58, en revanche elles convergent sur le caractère déterminant d’une demande, qui s’est sans cesse évertuée à maintenir en place une incitation délibérée, ainsi que des structures de traite.
Les propos de J. Henniker, élu de la Chambre des communes, rapportés en 1789, sont représentatifs de cette idée d’une servitude déshumanisante nécessaire à grande échelle, « Si nous ne leur enlevons pas les esclaves (les captifs), les misérables souffriront encore plus durement. ».

L’interprétation faite par Bernard Gainot62, considérant le trafic d’esclave comme motif prééminent de l’attaque de Huéda par les troupes d’Agadja, est une lecture somme toute assez expéditive.
La réalité de relations conflictuelles internes à la fois à Allada et à la cité nouvellement prise, entités politiquement proches mais faisant montre de différences quant au type d’administration prévalant63 ; les conflits opposant chefs et souverains de celle-ci à l’exemple de ceux observés entre l’aplogan (gouverneur provincial) et le roi Huffon ; la présence en exil du frère du roi d’Allada dans ces murs, sont des éléments contextuels additionnels, permettant d’alimenter une thèse de motivations opportunistes et politiques significatives.
De surcroît, une approche basée sur des argumentaires reposant sur le mythe d’une homogénéité « noire », réduit le diagnostic des faits à des conclusions impropres et ne peut satisfaire à la complexité de contemporanéités de l’époque. Elle noie implicitement les réalités politiques d’antan, explicatives de belligérances aux conséquences dévastatrices, en évoquant des populations vendant les leurs.
Cette posture relayée dans des publications64 voulant nuancer des récits, crée malgré tout une possibilité d’équité de responsabilités, dans des structures aux antipodes de cette logique capitalistique productive, ayant pensé, drainé et maintenu des masses humaines au-delà de l’Atlantique.
Nous sommes en face d’un système qui a fonctionné et a existé par une demande exogène, redirigeant massivement des captifs vers des chemins minutieusement construits. Benjamin-Sig. Frossard, mit un point d’honneur à le rappeler à la Convention (Assemblée française), en 179265.
En prolongeant le regard sur des dynamiques économiques, la problématique du choix de produits agricoles d’exportation, comparativement aux Amériques, se posera d’ailleurs différemment de l’autre côté de l’Atlantique.
L’exploitation de l’Élaïs de Guinée, la production d’amandes et d’huile de palme dans la société danxômènou et dans celles environnantes, ne put ignorer les circonstances favorables de l’abondance naturelle de la ressource.
La baisse progressive de l’essentiel de la demande effective de main-d’œuvre servile, dans des économies à l’origine de celle-ci, s’est faite à l’issue d’un processus ayant vu naître des substituants au potentiel rémunérateur non négligeable, moralement plus acceptables qu’un commerce devenu bien tardivement gênant pour des opinions publiques dans leur ensemble, mais aussi dans un contexte de floraison de l’industrie européenne de la savonnerie.
La densité de cette espèce de palmiers66, principalement sauvages dans la région, couplée à la production annuelle estimée par arbre et par an au cours du XIXe siècle, rendra par ailleurs difficile la nette différenciation des sources de provenance de la production locale.
Les concentrations de zones exploitables aux alentours de places fortes comme Agbômê, non totalement étrangères à la politique royale d’incitation, pourraient avoir davantage trouvé leur utilité dans des volontés d’organiser une industrie naissante et dans celle d’un contrôle plus aisé par les pouvoirs directement bénéficiaires, que dans la disponibilité de la matière première à transformer.
La caractérisation du terme plantation dans un tel environnement général, et du point de vue de regards extérieurs, s’avère en conséquence être peu précise.
La production d’huile de palme issue des ports côtiers à l’instar de celui de Huéda, cité incorporée au Danxômè sous le règne d’Agadja, s’établissait à moins de 500 tonnes en 1840, puis au plus fort de la production, à environ 10 000 tonnes entre 1875 et 188049.
Celle-ci, dépendait aussi bien de parcelles sauvages, de terres villageoises mises en valeur par des ménages, que de surfaces royales conséquentes, ou appartenant à une aristocratie locale, cultivées à proximité des zones d’exportation et à l’intérieur des terres, mettant souvent à contribution des populations de captifs, et dont la maturation prendra du temps67. Les dépositaires de l’économie de traite dans le Danxômè, ont de toute évidence gravité pour une part substantielle d’entre eux, autour de la figure de l’axòsu. À ceux-ci, s’ajouteront d’habiles marchands, familles ayant pignon sur rue, et par extension, des trafiquants à la recherche de profits.
Ces acteurs locaux, créèrent un environnement économique se démarquant sous plusieurs aspects, de celui qui fut observé en Amériques et dans les Caraïbes.
La présence sur ces terres lointaines, de seigneurs possédant des esclaves, les louant à des entrepreneurs, de prêteurs permettant la constitution de cargaisons et le développement de plantations, aux côtés de simples sujets s’étant expatriés vers le Nouveau Monde pour y trouver meilleure fortune, a participé à créer une mécanique particulièrement rodée.
La supériorité du potentiel inclusif, de l’économie agricole d’exportation liée à la culture de l’Élaïs de Guinée sur le littoral Ouest-Africain67, sera d’ailleurs corrélée à la diversité des acteurs pouvant pénétrer les marchés existants.
Si l’on peut en outre relever chez des auteurs, une explication donnée à des conquêtes danxômènou s’articulant autour d’une perversion rendue possible par l’existence même de la traite, en tout état de cause, au-delà de postures pouvant infantiliser, elles ne furent fondamentalement pas pensées pour alimenter des marchés transatlantiques et autres.
La guerre, qui peut être le fait de l’autorité qui mobilise les armées, qu’elle soit individuelle ou plus collective, lui permet de subjuguer des populations et de prendre part à la décision de l’affectation du butin. Chez des populations bhété et kweni de l’actuelle Côte d’Ivoire, ce fut souvent par concertation intra-lignagère, que revenait la décision du sort à donner aux captifs.
Ailleurs, la primauté des gains tirés de transactions les concernant, dans plusieurs schémas, pouvait être dévolue à la sphère royale, comme chez les danxômènou. Celle-ci restant connectée aux cabeceros68, qui doivent à leur rôle politique et à leur positionnement à l’égard de la propriété de la terre, des côtes jusqu’à l’hinterland, une élévation à un statut privilégié.
Tout comme l’apparition tardive de marchés, de commerces structurés, a reposé sur des mutations sociales endogènes les rendant possibles, aspect également relevé par H. Memel-Fotê69, le regard danxômènou sur les issues possibles de la mise en captivité, prit un tournant avec les débouchés pérennes proposés aux possédants d’individus pouvant être marchandés, y compris par des voies non approuvées par les lois locales, détériorant des mécanismes existant d’intégration, qu’il serait inapproprié de considérer comme altruistes.
La baie du Bénin, coutumière d’instabilités déjà au XVIIe siècle, consécutives au déferlement akwamu sur Accra, fut témoin d’alliances soumises aux dissensions opposant entre autres Allada à Offra, et Huéda aux chefferies de Grand Popo et Petit Popo70, des territoires plus à l’Est, et qui à proprement parler, n’ont jamais été conquis et incorporés au Danxômè.
Ce littoral, constituera ainsi un réservoir de captifs de guerre potentiels, se vidant de populations entières cherchant refuge plus au Nord, notamment à proximité de zones d’influence du pouvoir d’Agbômê. La prise de Huéda, environ un siècle après la fondation du royaume, l’incorporera donc de fait, dans une position avancée d’un autre genre.
Cependant, contrairement à une croyance propagée, l’importance de ce commerce pour le Danxômè, reste toutefois mesurée. Le territoire ne se limitant pas aux bastions royaux, et aux capacités accumulatrices des marchands qui y sont installés, ce qu’évoquera Patrick Manning, et dans la mesure où la traite se greffe à une mécanique agricole et d’échange existante et structurée.
Les rôles assignés, la logique fondamentale légitimant la captivité, la proportion intérieure d’esclaves, que Boniface Obichere estime relativement constante avec environ 20% de la population totale, et que Robin Law situe entre 25% et 30%71, ne suffiraient de même à caractériser la société et l’économie du Danxomè comme esclavagistes.
Le bilan démographique de la cité d’Agbômê, affichait une population estimée à 10 000 habitants vers 1885, et 40 000 vers 189072. Comparée à celle de l’ensemble du territoire contrôlé, elle donne matière à réflexion sur la répartition des esclaves en dehors des centres de pouvoirs, leur contribution productive nourricière, dans une société ayant un lien séculaire avec la culture individuelle de la terre.
La Traite n’était pas ressource obsessionnelle pour le pouvoir d’Agbômê73. La guerre élément inséparable de l’évolution du Danxômè, reposa sur des desiderata d’une philosophie expansionniste problématique, considérée comme vitale pour la pérennité du pouvoir.
Malgré l’importance d’une économie de guerre, observée à des périodes, et visant à collecter des captifs, il restera difficile à l’échelle du royaume, sans moyens particulièrement inclusifs, de diffuser les gains en nature et en monnaies de circonstances obtenus en échange.
Les difficultés à maintenir des communautés en nombre suffisamment critique, afin de faire face à des enjeux démographiques, et l’évidement de la population dans une région imprégnée de conflits, ont pu être des éléments orientant la société vers un cloisonnement relativement poreux de strates sociales, réduisant les possibilités d’apparition durable de classes hermétiques composées de personnes à la condition intrinsèquement servile, avec ce que cela implique comme accès à la constitution de patrimoine, cadres d’expressions, et interactions assignées.
L’on est à face à un paradigme spécifique fait de violence flagrante et inouïe, comme le rappelle l’ancienne pratique de Huetanou, et le martyr infligé par des maîtres à leurs esclaves.
Elle est celle de la privation de décision sur son sort, de l’infâme déportation de masse, particulièrement observée avec les kannoumon74, dans laquelle la captivité est pour un grand nombre de vaincus, la douloureuse condition d’un moment, passage parfois vers une incorporation et une intégration contraintes dans une société dominatrice, selon des besoins endogènes, accolés à une pérennisation du pouvoir.
Sortir de sa condition n’était de ce fait pas chose rare ou exceptionnelle, et quantité de tâches dévolues aux victimes de rapts et de l’expansion territoriale, furent partagées par des individus fon, considérés comme libres.
La réification du captif, pourrait légitimement être considérée de fait par l’acte de vente et l’échange contre marchandise. Néanmoins, dans un univers sociétal dans lequel être vendu ne relève point d’une condition spécifique, sinon que de celle découlant du sort de la guerre ou de la décision du dominant du moment, la question prise sous l’angle de la négation d’une nature humaine partagée, se pose.
C’est à la compréhension, de la contribution de différents acteurs à une même tragédie dans laquelle les Agôdôdjiché ont joué un rôle et non des moindres, qu’il est souhaitable d’apporter des éléments pouvant être utiles.
Une approche similaire, nous conduirait également à sortir de la rhétorique d’un abolitionnisme porté par une morale autonome, en mettant en évidence le caractère contraignant des explosions de défiance et de dignité, dont ont fait preuve ces déportés refusant le joug, et ces relais certes infiniment minoritaires mais décisifs, au sein même des appareils oppressifs métropolitains et coloniaux.
L’intérêt de ce regard rétrospectif, résiderait davantage dans l’utilité de la prise en compte de la chronologie de développements, afin que des contributions qui ne sont foncièrement pas les mêmes, soient davantage rendues visibles.
Fictions et représentations
Les regards sur le passé, la volonté d’y puiser des éléments participant à la construction des identités; la mise en évidence de dimensions aidant selon les besoins, à la compréhension du présent au travers de l’Histoire, sont des démarches qui se matérialisent avec des intensités différentes selon les moments et les sociétés.
Si la plupart des figures émergeant par ces regards rétrospectifs, au cœur d’attentions et de devoirs mémoriels, se sont manifestées dans un relatif retrait de la participation du féminin à la dignité des héritages constitués, en revanche la volonté de souligner sa claire contribution, ne cesse d’asseoir la légitimité d’apports non négligeables, tout en portant des fruits nécessaires à l’évolution positive des sociétés concernées.

Appelé « Xaso xaso d kpwe esu ma no edo akum ma no », Traduisible par « Mauvais si l’on dégaine, mauvais même au fourreau. »9
La nécessité de réhabiliter des figures féminines; d’installer le féminin dans une humanité pleine, entière et partagée; navigue sans cesse entre l’idée enthousiaste de mobiliser argumentaires et imaginaires, face à des dominations pluridimensionnelles subies collectivement, et le dédain matérialisé par la minoration de l’importance de la démarche. Cela découlant d’un réflexe de défense, lié à la perception d’une menace pour des privilèges et ordres inéquitables.
Partant de là, que nous soyons exposés à des productions visuelles investissant le champ de l’Histoire, tentant de retracer des parcours d’illustres personnages comme Njinga Rainha de Angola, ou devant des restitutions plus ou moins fidèles de réalités collectives, comme The Woman King, un risque demeure, celui d’effets prévisibles émanant de caractéristiques du public.
C’est un aspect qui se veut difficilement maîtrisable, tant il est bien plus lié à la propension de conférer à toute production, une vertu allant souvent au-delà de ses propres prétentions initiales. Ce qui simplifie de façon dommageable des perceptions, indépendamment de la volonté de coller à la réalité de faits.
La frontière entre apports bénéfiques du travail mémoriel, et interprétations inconvenantes – par volonté d’alimenter divers agendas, – est donc ténue.

Le désir de se percevoir davantage représenté, dans de nouveaux lieux communs – que rend possible la vulgarisation d’habitudes de consommation, – peut accentuer la probabilité de flouter les risques afférents à toute posture se contentant d’une sous-traitance, de la mise en avant de sa propre Histoire, avec son lot d’approximations et de dépouillements.
La situation d’émulations culturelles actuelles, fait naturellement la part belle à la mise en avant de productions exogènes – sachant mobiliser les affects et conquérir les marchés, – mais celles-ci ne sauraient couvrir, l’impératif de prendre à bras le corps la responsabilité de la valorisation de ce qui découle des héritages locaux. Ceux dont la mise en avant, des richesses et du caractère prolifique de leurs particularismes, relève d’un travail à réaliser d’abord par les légataires.
Si cela a pu être fait également en son temps par Dani Kouyaté, avec la légende de Siya Yatabéré76, et plus récemment par Serge Kouacou et Hermann N’Guessan, rappelant la hargne de femmes et la révolte des Abbey au début du XXe siècle77, il reste à l’évidence, un chemin considérable et laborieux à parcourir nécessairement.
Par Aidy
- Doguicimi: the first Dahomean novel: Hazoumé, Paul, 1937.[↩]
- Pourrait être traduit par « Sur le ventre du Serpent (Dan) ». Nom par lequel la tradition désigne le roi défait, opposé aux ancêtres des danxômènou, après le règne duquel l’on verra émerger leur pouvoir.[↩]
- cf. Carte explicative, présente dans le diaporama.[↩]
- Dalzel, Archibald. The History of Dahomy: An Inland Kingdom of Africa. Royaume-Uni: Editor, 1793.[↩]
- Nom désignant ce peuple, dont une tradition fait remonter des origines au Sud du bénin, dans la région d’Adja-Tado. Assimilés aux Agassouvi, qui ont conquis des terres au Nord, pour fonder le Danxômè[↩]
- Il est considéré comme le chef de file des Agassouvi, communauté qui s’est installée sur les terres de la future Agbômê aux alentours des XVIe et XVIIe siècles. Voir par exemple, Biographie du roi Kpengla du Danhomè (1774-1789). Royaume-Uni: Editions L’Harmattan, Vido, Arthur, 2019.[↩]
- Souveraine, ayant régné à partir du XVIIe siècle, et dont la carrure et le charisme avéré, ont pu contribuer à dynamiser l’institution de la femme-soldat[↩]
- Phrase utilisée pour désigner le roi Gbêhanzin. Traduisible par: « Lorsque le requin se met en colère, l’océan se calme. ».[↩]
- Collection muséale, Musée du Quai Branly, Paris.[↩][↩][↩][↩][↩]
- Traduisible par « La cheffe qui a notre charge. »[↩]
- Kondo le requin: drame historique en 3 actes. Bénin: Librairie nationale, Pliya, J., 1975.[↩]
- Comme le Migan, la Migannon, était entre autres également chargée de tâches peu commodes, comme les exécutions de femmes rendues coupables d’adultère. cf. Études dahoméennes. Bénin: Ministère de l’éducation nationale et de la culture, Institut de recherches appliquées du Dahomey (I.R.A.D), République du Dahomey, 1970.[↩]
- Des sources orales font état de la présence de chasseresse au moins au début de l’émergence d’Agbômê. H. d’Almeida-Topor évoquera d’ailleurs la possibilité d’une existence de celles-ci, pouvant être antérieure ou contemporaine de la fondation du Danxômè. cf. Almeida-Topor, Hélène d’. Les Amazones. N.p.: FeniXX réédition numérique, 1983.[↩]
- The Cambridge History of Africa. Royaume-Uni: Cambridge University Press, Forbes, Frederick E., 1975.[↩]
- Dahomey and the Dahomans; being the journals of two missions to the king of Dahomey, and residence at his capital, in the year and 1850. London, Longman, Brown, Green,and Longmans, 1851.[↩]
- Phrase traduisible par « L’oiseau cardinal ne peut enflammer la brousse. »[↩]
- Traduisible par: Personne qui a autorité[↩]
- Terme désignant la guerrière fon, jouant un rôle d’espionne, prenant différentes identités, adoptant des métiers la rendant difficilement soupçonnable par l’ennemi, elle fut utile pour la collecte de données cruciales durant l’exercice de ses fonctions. Cela afin de jouer un rôle déterminant, e.g. dans la chûte de Huéda.[↩]
- Unités astreintes à constituer la garde la plus proche des souverains.[↩]
- À ne pas identifier au personnage fictif de Nanisca. Elle fut une Agôdôdjiché, ayant servi sous le roi Glèlè et son fils Gbêhanzin, brillant par ses nombreux exploits, elle est restée dans les mémoires comme incarnation de la bravoure. Mentionnée par exemple dans Alpern, Stanley B.. Amazons of Black Sparta, 2nd Edition: The Women Warriors of Dahomey. États-Unis: NYU Press, 2011.[↩]
- Traduisible par « Attention ! », Cri poussé par les soldates qu’il participera à désigner.[↩]
- Titre accordé et montrant une marque de respect, d’honneur accordé. Décerné aux femmes et aux hommes.[↩]
- H. d’Almeida-Topor, met en évidence le cas de volontaires vivant pleinement au sein de la société en temps de paix. cf. Almeida-Topor, Hélène d’. Les Amazones. N.p.: FeniXX réédition numérique, 1983. | Jules Poirier, de son côté évoquait notamment l’existence d’armées de réserves composées de femmes. cf. Poirier, Jules. Campagne du Dahomey, 1892-1894: Précédée d’une étude géographique et historique sur ce pays et suivie de la carte au 1/500,000e établie au Bureau topographique de l’État-major du corps expéditionnaire par ordre de m. le général Dodds. France: H. Charles-Lavauzelle, 1895.[↩]
- Peuple considéré dans des récits, comme partageant une ascendance avec les fon[↩]
- Souverain dont le règne intervient après celui de Hangbê, et qui monte sur le trône, à la place du successeur désigné du vivant d’Akaba; frère jumeau de Hangbê, et premier monarque de la fratrie.[↩]
- Terme utilisé pour désigner les populations du Danxômè[↩]
- William Smith, Thirty Different Drafts of Guinea (London, 1727), plate 28.[↩]
- Bay, Edna G.. Wives of the Leopard: Gender, Politics, and Culture in the Kingdom of Dahomey. N.p.: University of Virginia Press, 2012.[↩]
- Des écrits font état de sa déportation par le souverain contesté Adandozan, frère d’Akaba et de Tassin Hangbê. Elle pourrait être celle qui dans le film « The Woman King » paru en 2022, est indiquée comme avoir été vendue comme esclave.[↩]
- Araujo, Ana Lucia. «History, Memory and Imagination: Na Agontimé, a Dahomean Queen in Brazil. » In Beyond Tradition: African Women in Cultural and Political Spaces. Royaume-Uni: Africa World Press, 2011.[↩]
- Pierre Verger, « Le culte des Vodoun d’Abomey aurait-il été apporté à Saint-Louis de Maranhon par la mère du roi Ghézo ? », Études Dahoméennes,1952.[↩]
- Zurara, G. . How Nuno Tristam went to Tira, and of the Moors that he took captive there. In C. Beazley & E. Prestage (Eds.), The Chronicle of the Discovery and Conquest of Guinea (Cambridge Library Collection – Hakluyt First Series, pp. 96-98). Cambridge: Cambridge University Press, 2010.[↩]
- Dénomination ancienne de la ville de Ouidah. Cette dernière, probablement sous le règne de Kpassè, rencontrera ceux qui joueront un rôle déterminant dans le commerce négrier. Une tradition fait état d’une fondation ayant un lien avec ce roi. Il aurait fondé une petite ferme appelée Gléhoué, ce qui est traduisible par « La maison (xwé) des champs ». Cet endroit serait à l’origine de la désignation utilisée encore aujourd’hui : Gléhoué Kpassè-Tomè. Conclusions relayées également par Alain Sinou. cf. Le comptoir de Ouidah: une ville africaine singulière. Paris: Karthala , 1995.[↩]
- Côte des mauvaises gens cf. Carte de la Guinée et Pays circomvoisins: L’Afrique de Marmol, 1667[↩]
- « Les Nègres de cette côte sont de grands pêcheurs et possèdent des pirogues avec châteaux à l’avant; ils ont des capuchons comme des voiles et vont nus et sont idolâtres: nous les appelons Beiçudos (« aux lèvres épaisses ») et là on ne fait pas de commerce. Ce sont de mauvaises gens. » cf. Azevedo Basto, Raphael Eduardo de., Pacheco Pereira, Duarte. Esmeraldo de situ orbis. Brésil: Imprensa Nacional, 1892.[↩]
- En témoignent les guerres du XIe et XIIe siècle dans la péninsule ibérique[↩]
- Considéré comme auteur du document le plus important de l’Histoire de la « découverte » de la côte occidentale africaine, il fut sous le règne d’Alphonse V, chevalier, chroniqueur royal officiel, puis Guarda-mor das escrituras, conservateur des Torre do Tombo, archives nationales.[↩]
- The Chronicle of the Discovery and Conquest of Guinea. Written by Gomes Eannes de Azurara: Volume I. (Chapters I-XL) with an Introduction on the Life and Writings of the Chronicler. Royaume-Uni: Hakluyt Society, 2017.[↩]
- Matérialisée dans des échanges, notamment autour de la malédiction de Cham, recevant écho dans un espace imprégné d’un lien fort avec le religieux et au contexte politique le facilitant, qui a fait l’objet d’une vaste littérature.[↩]
- Portugal and the Curse of Cain: The Birth of the Transatlantic Slave « Trade », 1421-1441 (Article). David Publishing April 1, 2021.[↩]
- Désigne au Brésil, l’installation de production de sucre, et par extension la surface agricole exploitée.[↩]
- La Hollande a également eu des possessions au Brésil. La Dutch West India Company, fut active dans le commerce du sucre de canne. Les colons néerlandais firent face à des révoltes de colons portugais notamment au XVIIe siècle, à la suite desquelles des territoires du Nord du Brésil furent perdus.[↩]
- Hoerder, Dirk. Cultures in Contact: World Migrations in the Second Millennium. Royaume-Uni: Duke University Press, 2002.[↩]
- Taylor, Kit Sims. « The Economics of Sugar and Slavery in Northeastern Brazil. » Agricultural History 44, no. 3 (1970): 267–80.[↩]
- Ebert, C. « Chapter Eight. Supply, demand, prices and profitability ». In Between Empires: Brazilian Sugar in the Early Atlantic Economy,1550-1630, (Leiden, The Netherlands: Brill, 2008) [↩]
- Amgueddfa Cymru – Collection Muséale, National Museum Wales.[↩]
- Herbert, Eugenia W.. Red Gold of Africa: Copper in Precolonial History and Culture. Royaume-Uni: University of Wisconsin Press, 1984.[↩]
- A Forced Hand: Natives, Africans, and the Population of Brazil, 1545–1850. Revista de Historia Económica/Journal of Iberian and Latin American Economic History 31(2):285–317. Bucciferro, Justin R. 2015[↩]
- Manning, Patrick. Slavery, Colonialism and Economic Growth in Dahomey, 1640-1960. Royaume-Uni: Cambridge University Press, 2004.[↩][↩]
- Coquery-Vidrovitch, Catherine: La fête des Coutumes au Dahomey. Historique et essai d’interprétation, Annales, vol. XIX, 1964.[↩]
- Désaccord marquant au sujet de l’interprétation du tremblement de terre qui marqua le règne de Kpengla, et questionnant ainsi le rapport aux sacrifices humains, auxquels les Bokonon imputaient la responsabilité.[↩]
- Verger, Pierre. Flux et reflux de la traite des nègres entre le Golfe de Bénin et Bahia de Todos os Santos du XVIIe au XIXe siècle. Allemagne: De Gruyter, 2011.[↩]
- Ou encore Factoreries: Lieux de traite, Forts construits pour l’occasion.[↩]
- Fort portugais de Ouidah, dont la construction a débuté en 1721. Il matérialise une prise de position stratégique par le Portugal, dans un environnement dans lequel anglais et français étaient déjà particulièrement actifs.[↩]
- Très probablement une appellation de l’empire Yoruba, Oyo, représenté par son Alaafin, souverain. Il était le seul véritablement capable de freiner les avancées fon, selon des écrits de l’époque.[↩]
- L’or fut particulièrement utilisé par les négociants, à tel point que certains en dépensaient (pour acquérir des humains), bien plus qu’ils n’en emportaient en partant du Brésil.[↩]
- Akinjogbin, I. A.. Dahomey and Its Neighbours, 1708-1818. Royaume-Uni: Cambridge U.P., 1967.[↩]
- David Henige and Marion Johnson, ‘Agaja and the Slave Trade: Another Look at the Evidence’, History in Africa, 1976.[↩]
- Joutard, Philippe., Poton, Didier., Veyssière, Laurent. Vers un nouveau monde atlantique: Les traités de Paris, 1763-1783. France: Presses universitaires de Rennes, 2018.[↩]
- Conflit majeur, que W. Churchill désignera comme la première guerre mondiale. cf. Hélie, Jérôme. Le XVIIIe siècle. France: Armand Colin, 2021. Ce conflit a eu des ramifications très étendues, impliquant de multiples pays. Il a vu également la Grande-Bretagne, s’emparer de l’île stratégique de Gorée, mettant la main ainsi sur un profitable commerce, saisissant des activités antérieurement contrôlées par la France.[↩]
- Tableau de Richard Paton (London 1717-1791) Bohnams – The battle of Lagos, August 18, 1759 Lot number: 25777/lot/76/ 19th Century European Paintings, 8 Jul 2020, New York.[↩]
- Gainot, Bernard. « Le Dahomey dans la « colonisation nouvelle » 1799 », Dix-huitième siècle, vol. 44, no. 1, 2012, pp. 97-116.[↩]
- The Slave Coast of West Africa, 1550–1750: The Impact of the Atlantic Slave Trade on an African Society. Oxford: Clarendon Press; Miller, Joseph C. 1982[↩]
- The Woman King: The truth about slavery matters: « Africans too sold other Africans into slavery. By hiding that, Black filmmakers are breaking with a heroic legacy. »[↩]
- Benjamin Sigismond Frossard à la Convention Nationale Sur L’abolition de la Traite Des Nègres Paris, Le 12 Décembre 1792 …. France: n.p., 1792.[↩]
- Bulletin of the Bureau of Agricultural Intelligence and of Plant-Diseases. Italie: n.p., 1920.[↩]
- Lynn, Martin. Commerce and Economic Change in West Africa: The Palm Oil Trade in the Nineteenth Century. Royaume-Uni: Cambridge University Press, 2002.[↩][↩]
- Chefs locaux, larges propriétaires terriens pouvant lever des armées pour des campagnes militaires royales. La propriété étant néanmoins en quelque sorte de façon primordiale, dans la spécificité de sa declinaison danxômènou, dévolue à l’axòsu.[↩]
- Memel-Fotê, Harris., Brunet-Jailly, J.. L’esclavage dans les sociétés lignagères de la forêt ivoirienne, XVIIe-XXe siècle. Côte d’Ivoire: CERAP, 2007.[↩]
- Strickrodt, Silke. Afro-European Trade in the Atlantic World: The Western Slave Coast, C. 1550- C. 1885. Royaume-Uni: James Currey, 2015.[↩]
- Law, Robin. Ouidah: The Social History of a West African Slaving Port, 1727–1892. Grèce: Ohio University Press, 2005.[↩]
- Almeida-Topor, Hélène d’.. Histoire économique du Dahomey (Bénin), 1890-1920. France: L’Harmattan, 1995.[↩]
- Voir aussi par exemple Coquery-Vidrovitch Catherine. A. Akinjogbin, Dahomey and its neighbours, 1708-1818. ; W. J. Argyle, The Fon of Dahomey. A History and ethnography of the Old Kingdom.. In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 24ᵉ année, N. 3, 1969. pp. 653-655[↩]
- Traduisible par « Qui est dans les cordes ». Mentionné également par Quénum, Maximilien. Au pays des Fons: Us et coutumes du Dahomey. France: FeniXX réédition numérique, 1999.[↩]
- Attribuée à un docteur militaire qui accompagnait l’armée coloniale, ca. 1894-Courtesy Getty Research institute, Research Library, 94.R.56.[↩]
- Adaptation à l’écran en 2001, d’un mythe Soninké dans le creuset du Wagadu, parfois daté du VIIe siècle. Elle est tirée de l’œuvre de l’universitaire Moussa Diagana: La légende du Wagadu vue par Sia Yatabéré.[↩]
- La révolte de ce peuple, est relatée par Fabio Viti: « Les quatre morts du colon Rubino (Côte d’Ivoire, janvier 1910) », Journal des africanistes, 2016.[↩]








