Il est une tendance qui s’est renforcée au fil du temps, corollaire d’habitudes drainées également par des mutations découlant de philosophies qui organisent la vie sociétale, et prennent corps par des choix qui façonnent notre temps. La ruée vers l’exploitation de l’attention1, – exposant des processus cognitifs – l’affection sans cesse grandissante pour le synthétique, la réinvention de finalités attribuées à des démarches, etc., si elles peuvent se révéler anodines sous certains angles, sont en revanche symptomatiques de phénomènes transfrontaliers plus larges.
Ces éléments ne sont en réalité pas étrangers, à l’état dans lequel se trouvent des capacités de terreaux, à faire germer des aptitudes à disséquer et traiter des problématiques parmi les plus persistantes de sociétés. Ils sont dans des manifestations, de nature à engendrer de manière continue des incertitudes supplémentaires, que l’on perçoit aussi sans grande difficulté immergées dans le bruit des effets produits par la réception continuelle de flux informationnels.
Cette inclinaison est celle qui d’une part, au sein de cadres d’interactions privilégiés contemporains2, induit une spontanéité accrue de prises de position se voulant brèves, multiples et consistantes à la fois ; sert à façonner de nouveaux critères de pertinence des propos, et d’autre part à circonscrire de façon réduite le champ de l’expression de la contradiction.

En évoluant dans des contextes régionaux africains, dans lesquels s’entremêlent des réalités allant de celles de populations mises indirectement en mouvement par les quelques centres urbains – concentrant l’essentiel de l’activité économique3 – à la minorité au pouvoir de consommation structurant de façon non négligeable les économies, la différence des thématiques abordées ne passe pas outre les écueils rencontrés également par le truchement de ces nouvelles habitudes acquises.


Des singularités à effet coercitif

Les régions au Sud du Sahara à l’instar d’autres, dans la force de leur hétérogénéité, cumulent il est vrai un nombre important d’aspects défavorables qui sont propres à générer des nuisances qui frappent avec récurrence les possibilités d’essors. L’un d’eux, qui se trouve être suffisamment générateur d’aléas et d’inhibition dans la structuration de réponses à des enjeux locaux, est la répartition de capacités analytiques décisives, de possibilités d’acquisition et de renforcement de celles-ci, rendant laborieuse une construction d’individualités à une cadence suffisante en phase avec des besoins endogènes, là où des territoires non continentaux ne font pas forcément mieux4 relativement aux avantages glanés par leurs trajectoires sociales et historiques, et compte tenu de dotations de départ qui furent les leurs.
Il incarne de toute évidence, un aspect des choses semblant être régulièrement éludé, un pan délaissé par de courantes analyses qui font des émules à souhait, en dépit de fabuleuses capacités humaines considérablement sous-exploitées, qu’elles soient celles des masses féminines5, forces légitimes mésestimées, depuis fort longtemps mises au banc de marches réellement progressistes6, ou plus largement de populations en grand nombre, qui peinent à trouver leur place dans des expériences sociales et économiques excluantes.

Les régions au Sud du Sahara […] cumulent il est vrai un nombre important d’aspects défavorables […] en dépit de fabuleuses capacités humaines considérablement sous-exploitées, qu’elles soient celles des masses féminines, forces légitimes mésestimées, depuis fort longtemps mises au banc de marches réellement progressistes, ou plus largement de populations en grand nombre, qui peinent à trouver leur place dans des expériences sociales et économiques excluantes.


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Ces compétences, qu’elles découlent de la possibilité d’être suffisamment équipés par des cadres éducatifs qualitatifs inclusifs, de l’accessibilité et du rapport à des contenus notamment littéraires intrinsèquement structurants aussi par le médium de support et ce à quoi ils touchent – toutes les lectures ne pouvant dans une visée téléologique prétendre aux mêmes finalités – ou encore de l’intérêt pour des démarches appropriées de diagnostic, sont non seulement rendues accessibles de façon grandement inéquitable, mais implicitement apparaissent dans une conception répandue pour une part d’entre elles, comme étant non indispensables.
L’uniformisation de sphères initiée des décennies auparavant, conduite aussi par des motivations reposant évidemment moins sur de l’altruisme que sur un projet de légitimation de positionnements avantageux, renforcé par un commerce de l’expectative et le miroitement d’une quasi exclusivité de gains proposés, a entrainé en présence de facteurs inhibiteurs déjà opérants, un accroissement de vulnérabilités souvent minoré par l’évocation de potentiels, notamment mobilisables par la disponibilité de technologies se diffusant, – en témoigne l’enthousiasme que suscite toute innovation investissant savamment le champ du médiatique accompagnée de son capital attractif – l’incorporation à des dynamiques marchandes englobantes, ou l’association à des mouvements sociaux ou culturels novateurs, habiles générateurs d’engouement. La surestimation de bénéfices immédiats, à tirer d’innovations portées parfois par un irréfragable désir générationnel d’être hic et nunc d’une aventure conçue comme universelle, dans une conception quelque peu schumpétérienne7 du progrès8, semble se conforter dans des imaginaires tenaces mus par des réflexes de simplification de mécanismes.

En méconnaissant le préalable d’une préparation adaptée et continuellement surveillée, – dans le sens de la maîtrise des effets d’excès dégénérescents – que nécessite l’objectif de tirer profit d’une potentialité humaine apparente et disponible, les performances atteintes finissent fréquemment par être insuffisantes pour transformer au rythme approprié les sociétés locales.
La pénétration de technologies au sein d’écosystèmes hélas majoritairement sous-préparés à en tirer le meilleur, comme les environnements ruraux et les marginalités urbaines9, qui passe entre autres par le déploiement d’offres de services transitant par des dispositifs vulgarisés, ne peut être un signal suffisant permettant de passer outre leur impréparation à puiser suffisamment d’avantages structurants et diffus, de celles-ci.

La pénétration de technologies au sein d’écosystèmes hélas majoritairement sous-préparés à en tirer le meilleur, comme les environnements ruraux et les marginalités urbaines […] ne peut être un signal suffisant permettant de passer outre leur impréparation à puiser suffisamment d’avantages structurants et diffus, de celles-ci.

Comme illustration, le taux de connectivité au réseau mobile en zone urbaine, plus de 4 fois supérieur à celui des aires rurales dans l’espace de l’Union économique et monétaire ouest-africaine10, ne traduit pas qu’une disparité à réduire, mais représente surtout une donnée relativement mineure11, reposant sur des inégalités significatives d’accès à des éléments matériels bénéfiques entre ces zones, et nécessitant une consolidation minutieuse d’acquis sur la durée. Il en est de même des écarts considérables d’accès domestiques au réseau d’interconnexion, e.g. entre les régions Ouest et Centre du continent africain et l’ensemble formé par l’Amérique latine et les Caraïbes12.
Des enthousiasmes récurrents, intensifiant des risques, entrant en conflictualité avec des schémas de gains et des marges réelles, participent alors à flouter les regards sur des options locales porteuses.

L’expansion de marchés à des cadres périphériques, peu ou prou distants, s’alignant sur un besoin d’accroissement de revenus, faisant partager parfois davantage des risques que des profits, est additionnée aux attributions inéquitables de départ, fruits de diverses Histoires.
La persistante décorrélation de progrès sectoriels, d’un dynamisme comptable d’activités étendues permettant des ascensions depuis les classes sociales les plus en marge, et ciblant plus particulièrement les lourdeurs les plus handicapantes, retarde considérablement l’évolution positive de chantiers aux implications plus profondes. Il ne serait donc nullement question ici d’objecter par une rhétorique du pessimisme ou de l’optimisme, mais de prendre le poult d’états sociaux, de matérialités de conditions humaines qui depuis trop longtemps – non sans une exposition à des mannes substantielles et des opportunités apparentes – ploient sous des espoirs d’ascensions économiques qualitatives égrainées, afin de les mettre en perspective avec l’état des moyens de réponse. Des particularités des territoires, semblent en dépit d’une minoration de leurs poids par des interprétations préférentielles, exercer des effets inhibiteurs et une coercition implicite incitant continuellement sans grand succès, à les intégrer à toute démarche rigoureuse, se voulant être dans l’intérêt des collectifs.
L’apparition de contrecoups, en dehors de mesures correctives idoines, couplée à la non homogénéité d’acquis consolidants ou prédisposants, pour leur part contrastant significativement avec ceux de civilisations desquelles émergent régulièrement de nouvelles habitudes de consommation, ont des effets en cascade sur la durée.
À cela s’ajoute, le caractère résolument expéditif de tendances analytiques et la construction de champs de certitudes improbables, qui finissent par structurer des discours et la nature des interactions, organisant ainsi de nouveaux systèmes de production de la réflexion.


Mutations et modes de consommation du savoir

L’individu s’introduit dans l’univers des sphères d’interconnexion numérique, extensions d’un existant, comme il est entré et s’est mû auparavant dans son monde initial. L’éventualité de la redéfinition de rapports nourrit certes des élans dithyrambiques, susurre la possibilité de la naissance d’un cadre sui generis, mais ne saurait exclure les conflictualités, dynamiques préexistantes, et la réalité dans laquelle elles s’inscrivent, celle d’antagonismes qui configurent aussi des attentes, et que ces nouvelles frontières ne réinventent point.

L’éventualité de la redéfinition de rapports nourrit certes des élans dithyrambiques, susurre la possibilité de la naissance d’un cadre sui generis, mais ne saurait exclure les conflictualités, dynamiques préexistantes, et la réalité dans laquelle elles s’inscrivent, celle d’antagonismes qui configurent aussi des attentes, et que ces nouvelles frontières ne réinventent point.

Ce qui naturellement dans une perspective d’en tirer parti, rend caduque l’idée d’exigences individuelles pouvant être en déphasage avec celles requises par le milieu.
Avant la vague de digitalisation des habitudes, l’essor des plateformes numériques et canaux affectionnés les modelant à souhait, – n’étant pas dans leur entièreté intrinsèquement productrices de régressions – captant efficacement les attentions et constituant avec habileté des univers à elles seules, les pourvoyeurs de contenus instructifs notamment littéraires, de l’Ouest à l’Est du continent africain, faisaient déjà face quelques années après les indépendances, à des difficultés à susciter un intérêt convenable pour leurs œuvres auprès des populations locales.
Cela s’expliquait entre autres par des niveaux de littératie – ne découlant pas d’une dimension anthropologique essentialisante – qui n’empêchèrent pas toutefois une attention accordée à des expressions rendues plus accessibles, reposant sur des fondements similaires à ceux de pratiques culturelles13 préexistantes, aux fonctions non nécessairement divergentes.
Que l’on soit au Congo, porté par l’esthétique et le cérémonial de sociétés antérieures riches qui l’infusèrent14 ; en territoire nagô vivifié par le Gèlèdé 15 dans lequel l’on pouvait percevoir des fenêtres ouvertes vers du dramaturgique ; ou en pays manden infusé par le Kotèba16, cet art bambara aux applications multiples, ne craignant point de s’emparer de thématiques d’une profondeur humaine saisissante à l’instar de celui porté par Adama Bagayoko et son Kolokèlen17 ; la fonction socialisatrice et la place occupée par un théâtre populaire trouvant d’abord une utilité au sein de l’arrière-monde, s’intégrant dans l’outillage d’un art dit de « civilisation rurale »18, furent notables.
Canal privilégié d’instruction de par sa grande proximité avec l’individu, il fit entrevoir à H. Memel-Fotê sa possible contribution à l’élaboration d’une science politique africaine18. Dans une dialectique de la culture et du politique, qu’observe aussi Fougeyrollas19, usant d’une flexibilité reposant sur le langage, d’un formalisme différent épousant des spécificités locales, l’art théâtral incarnait sous diverses formes, un excellent outil de communication d’un sentiment d’appartenance enjambant des barrières, de fédération autour de problématiques, participant avec la littérature et au travers d’elle, à l’éveil de consciences20, jusque dans des déclinaisons postérieures ayant emprunté grandement à des modernités envisagées et côtoyées. Le désintérêt progressif observé, du point de vue d’une relative centralité acquise antérieurement, au sein de vies intellectuelles bourgeonnant durant la première moitié du XXe siècle, et constituant la cible de cette rétrospection, n’est en réalité pas incompréhensible.
Dans des cadres exposés à des hybridations appauvrissantes affectant la densité de fondamentaux sociétaux, le relatif déclin d’une certaine ferveur culturelle n’a pas épargné les regards sur des processus fertiles entamés, en dépit de formidables missions accomplies en contexte assez peu favorable. Des fractures étaient ainsi envisageables passé les premiers chocs postindépendances. Le péril de cultures subsumées sous des formes désavantageuses21, s’annonçait réel pour des sociétés confrontées également à des mécaniques de production d’élites dessinant de nouvelles convenances y compris littéraires, dans des environnements n’ayant pu tirer parti de politiques culturelles, tôt convertissables en agentivités foisonnantes, allant au-delà de celles diligentées par des pouvoirs coloniaux et dont des vestiges s’imposent encore aujourd’hui parfois comme seules références.

Le péril de cultures subsumées sous des formes désavantageuses, s’annonçait réel pour des sociétés confrontées également à des mécaniques de production d’élites dessinant de nouvelles convenances…

L’échec retentissant de politiques d’instruction dans les années 1970, couplé à des conséquences de contraintes internes qui facilitèrent une certaine distanciation d’éléments non perçus individuellement comme enrichissants et méritant attention, avec émergence de nouvelles sensibilités, eut la latitude de contribuer à son tour à l’apparition de faiblesses additionnelles.
Le lien avec la lecture dans une approche classique22, qui ne put profiter de théories de l’éducation pensées en dehors du substrat colonial23, impliquant les langues maternelles dans une approche non soustractive, ne s’en trouva évidemment que fragilisé. Le revirement récent de discours sur le bilinguisme prôné par des modèles, suggérant un changement d’opinions, malheureusement ne résorbera pas les lacunes déjà engendrées, créatrices d’effets cumulatifs aux multiples répercussions.

La lecture d’ouvrages comme pratique24 est encore manifestement dépendante de cadres éducatifs eux-mêmes parfois mal-en-point, au sein desquels il n’empêche qu’il peut naître rapidement une attention prolifique dès le bas âge, pourvu qu’il y ait accompagnement avec flexibilité, d’implémentations de programmes et d’initiatives aussi citoyennes, à des échelles réduites en vue de contribuer à démystifier un regard sur l’objet, tout en prenant soin d’agir sur les déterminants d’une adoption de la pratique, dépassant la tentation de l’injonction25.
Malgré des perspectives de croissance ne pouvant écarter l’apport d’évolutions démographiques à moyen et long terme, la situation de marchés régionaux en maturation et vulnérables, interpelle. Ceux-ci étant exposés à des menaces structurelles, et pour bon nombre d’entre eux disproportionnément dominés par les achats d’ouvrages scolaires26 relativement standards, qui représentent e.g. en Côte d’Ivoire, plus de 75% de l’activité productive de l’édition privée27.

La production s’établit ainsi pour la plupart de ces pays à des niveaux particulièrement bas, mais toutefois reste en cohérence avec des demandes nationales. L’existence de canaux de distribution informels et prisés servant d’alternatives, aide à la circulation du savoir. Elle allège la pression sur les bourses de ménages, qui comparativement à d’autres parmi leurs homologues, font face à des prix pratiqués pouvant être en moyenne 10 fois plus élevés28, ainsi qu’à des coûts répercutés par les importations, qui ne simplifient guère des situations dans lesquelles l’usage de supports numériques se profile à l’horizon comme une voie potentiellement empruntable, mais non exempte d’illusions éventuelles à braver, en jugulant aussi des barrières tarifaires concernant respectivement la data et les dispositifs nécessaires.
Cependant, le coût avéré du déploiement de mesures incitatives ou tout simplement l’accès relativement peu aisé à des œuvres littéraires pour la plupart des individus, constitueraient difficilement des arguments à mettre en équivalence, avec le caractère périlleux de situations actuelles.
À ce panorama peu reluisant, s’ajoute une tendance dommageable de structuration des habitudes de lecture, qui animée par un utilitarisme puisant également ses ressorts dans des trames de vies quotidiennes, se bonifie au fil des années en éloignant les choix et préférences, d’un attrait pour des contenus en accord avec les exigences de temporalités collectives.

À ce panorama peu reluisant, s’ajoute une tendance dommageable de structuration des habitudes de lecture, qui animée par un utilitarisme puisant également ses ressorts dans des trames de vies quotidiennes, se bonifie au fil des années en éloignant les choix et préférences, d’un attrait pour des contenus en accord avec les exigences de temporalités collectives.

L’on mesure pour peu ainsi, la distance considérable séparant la grande majorité des populations, de moyens et d’usages à même de participer à faire éclore des intérêts individuels pour une connaissance dégagée du carcan de la dépendance intellectuelle, – dont la pluralité de déclinaisons ne pourrait masquer la prégnance – à les rapprocher d’élans propices à une meilleure compréhension de leurs réalités propres et des enjeux qui en découlent, afin de naturellement pencher vers une maïeutique coresponsabilisante. Cette dernière puisant du moins une raison d’être, dans l’existence de marges individuelles à exploiter à l’intérieur d’un canevas défini par des objectifs prioritaires et d’ensemble à atteindre.

Dans des régions n’ayant pu parvenir pour diverses raisons, à des niveaux satisfaisants de compétences éducationnelles multiples, une uniformisation de la relation à la curiosité, à l’envie d’interroger et de comprendre, ne peut être source de transformations fécondes. Lire ne serait par là en soi aucunement une finalité, une démarche se suffisant à elle même bien que possédant des vertus, mais procèderait d’une autre qui l’englobe. La question de la lecture dans ce cas, serait fondamentalement celle de l’existence d’un besoin à faire éclore en présence du péril de mimétismes improductifs.
Des regards sur l’acte, en dépit d’une ardeur connue durant des périodes sous domination coloniale, manifestée parmi le peu d’apprenants et de lettrés de ce temps révolu, restent de toute évidence à (re)construire.
Souvent considérée comme un plaisir futile ou de nanti, pour une part encore trop large des destinataires et particulièrement jeunes, qu’ils soient privilégiés ou non, elle ne trouve tout simplement pas bonne place dans des quotidiens bousculés par l’interprétation intelligible d’un immédiat qui peut sans grand mal conforter dans cette idée. Une situation que l’on pourrait qualifier de mudimbéenne, en référence au philosophe qui dans un récit plein de sens, mit en exergue une perception de l’incongruité de postures face à des besoins ostensiblement vitaux29.

La grande perméabilité de milieux locaux, à tout ce qui revêt parure de modernité dans des acceptions locales30, s’avère être un facteur préjudiciable supplémentaire, alimentant l’idée d’environnements contingents, renforcée par des proximités sociétales surévaluées. Les progressismes entrevus, qu’ils soient de l’ordre de pensées ou de procédés, ne sont que trop peu passés au crible de l’adéquation dans une optique d’efficacité et de viabilité à long terme. Les individus ont ainsi tendance dans le temps, à questionner de moins en moins les corpus drainés, pour se reposer sur des formes peu interrogées. La nature bénéfique n’étant pourtant pas caractérisée par l’intuition d’une symbolique positive, ou par ce qui semble l’être, mais par la qualité des ingrédients constitutifs et par celle des philosophies qui sous-tendent le tout.


Fabrique de la pertinence et risques

Au cœur d’un globalisme dans lequel des habitudes propres aux uns sont transmises aux autres, par identification à des aspects que l’on juge relativement partagés notamment par le prisme d’éthos consuméristes, de la capacité à consommer qu’elle soit plus ou moins large, au-delà d’influences culturelles31 et de l’imaginaire construit autour de la hiérarchie sociale d’appartenance, des similarités de fonctionnement sont étendues à la manière de consommer des produits quelconques, mais aussi et surtout aux choix faits, soutenus par des raisonnements construits qui consolident le tout.

Les individus ont ainsi tendance dans le temps, à questionner de moins en moins les corpus drainés, pour se reposer sur des formes peu interrogées. La nature bénéfique n’étant pourtant pas caractérisée par l’intuition d’une symbolique positive, ou par ce qui semble l’être, mais par la qualité des ingrédients constitutifs et par celle des philosophies qui sous-tendent le tout.

Les milieux environnants matériels ou virtuels, possèdent dans cette configuration un rôle primordial. Ils concourent ou non, à la gemmation de foyers d’émulation à même d’impulser des tendances prometteuses, et capables d’opposer des rudiments qualitatifs aux bruissements qui nuisent à leur accroissement positif. Ils constituent dans la rudesse et l’intensité de réalités affrontées, dans l’absence de conditions d’emblées favorables, de possibles pépinières à investir autant que possible par des réflexes utiles aussi élémentaires qu’ils soient, pouvant servir à la constitution de synergies, apportant quant à elles leur pierre à l’édification de mailles sociétales aux exigences d’un autre ordre.
La prépondérance de formats synthétiques, le débit des flux qui les intègrent, des habitudes qu’ils participent à forger au fil du temps, renforcent une accoutumance à ce qui ne permet efficacement de capter l’attention de façon prolongée32 et se doter convenablement d’outils autorisant à procéder de façon idoine à divers diagnostics. Ils participent à une redéfinition du rapport avec l’observable.

À terme, une croyance est nourrie. Bâtie dans un paradigme s’accommodant d’un rejet du soupçon de non simplicité inhérente à des sujets et produits d’interactions diverses, elle est celle du réduit et du dépouillé suffisant à véhiculer ce qu’il est nécessaire d’appréhender, et à restituer la complexité organisée33 sur laquelle reposent bon nombre de phénomènes observables. Cette croyance tenace, expose à une grande diversité d’interprétations, emballant des interventions communément attendues et admises. Elles trouvent des terrains opportuns, pris également d’assaut par des conjectures régulières, affirmations reposant sur des éléments inappropriés, d’une aide approximative ; faisant néanmoins foi, aux ressorts solidement implantés, et qui s’épandent librement dans des cadres globalement peu privilégiés, dans lesquels une idée rejetant l’éventualité de prérequis d’une nature autre que ceux paraissant suffire – n’étant vraisemblablement pas éloignée par ses effets, de fruits d’une colonialité du savoir – balise une réceptivité à des démarches peu usitées.

La formation rapide des termes du discours à partir de brins de pensées, l’éclosion d’opinions constituées sans que l’on ne trouve forcément utile de les examiner à la lumière de la rectitude logique et scientifique, le recours à des extraits appauvris par l’éviction des contenus dont ils sont issus, la création de simili truismes habilement distillés, etc., sont tant d’éléments qui laissent davantage et intensément transparaitre une volonté d’avoir son mot à dire, dans la mouvance de la sollicita
tion d’une hardiesse de l’opinion individuelle, dont la légitimité raison gardée ne fonde pas l’à-propos.
Nous nous retrouvons là, bien éloignés d’un entrain animant une recherche effrénée d’interaction constructive, dont le but visé serait dans la mesure du possible, de poser des mots appropriés en se prononçant sur des sujets indépendamment de leur familiarité.
Dans des ambiances propices faisant outre mesure abstraction d’un coût social symbolique de l’approximation, l’on apprend néanmoins par un art de l’argutie à ne pas avoir tort, tout en paraissant être moins préparés à ce qui se révèle parfois être une absolue et humiliante déconvenue. L’accepter c’est être frappé d’opprobre, dans des sphères qui se bâtissent et dans lesquelles un désir s’apparentant à celui d’une infaillibilité fictive, prend diverses formes.
La recrudescence de logiques de camouflage d’inadéquations argumentaires, e.g. enrobées par du sarcastique qui semble accorder une présomption de sagacité – tendance pouvant être amplifiée par de nouveaux supports d’échanges – couplée à une culture de la décrédibilisation, du rejet, fondée sur des paramètres autres que ceux découlant de l’analyse méticuleuse des idées sujettes à caution, apparaît aux côtés de tropismes aux desseins similaires, constituant des manifestations qui ne peuvent alors que se diffuser. Elles renforcent un éloignement de conditions favorables à l’émergence de besoins susceptibles de faire naître et vivre des interactions émulatrices, dépassant des micro-cadres privilégiés qui peuvent aisément se suffire à eux-mêmes ; n’étant pas de nature à infuser les espaces locaux dans une optique d’ingénierie sociale, surévaluant le rôle d’une affirmation de soi décorrélée d’une finesse de la construction du rapport à l’autre ; faisant encourir le risque d’une atomisation de foyers intellectuels naissants. Assurément, dans des âges qui sont loin d’être traversés par une criticité du désir de pensées vivifiantes et transformatrices émergeant desdits milieux, la réinvention de modalités d’intéressement de populations, dénote des prémices d’une importance décisive. Le gros œuvre réclamant des contributions plurielles et de bon aloi, les collectifs ne peuvent s’autoriser des concessions sapant la délicate mise en valeur d’intérêts de choix naissants, au risque de se repaître d’une intellectualité auto-suffisante, qu’une illusion de transcendance et qu’un contentement par l’entre-soi n’hésiteront à abreuver, faisant peu cas de la déjà délicate condition de sociétés locales.

Le décloisonnement opéré par l’introduction d’une diversité de sujets d’une accessibilité variable, dans le champ du profane, s’il se révèle ordinairement décevant en termes de bénéfices issus, ce qui s’admet, peut toutefois servir à la stimulation d’un intérêt pour le développement d’une critique qui se construit dans l’utile. Dans un tel cadre, la question de la fiabilité du propos audible et du contenu produit, revêt alors une importance centrale. Le désir de se prononcer sur une grande diversité de thèmes ne saurait constituer en soi un mal absolu, et exclure d’emblée une possible justesse de propos. Aussi, serait-il naturel d’admettre l’existence de constructions argumentaires, qui ne nécessitent préalablement aucune érudition quant à ce dont elles traitent, pour être contestées. À partir de là, la « généricisation » d’une posture d’exclusivité absolue de l’avis utile et de la critique sensée, relèverait moins d’une défense de relations d’échanges circonspects se voulant intrinsèquement constructives avec des apports horizontaux et verticaux, que d’un diktat propice à du dogmatisme.
Il est d’ailleurs d’une aide discutable – quoi qu’il soit nécessaire de mettre en garde sur l’impératif de prudence et de rigueur intellectuelle – de quasiment systématiser la qualification d’interventions par ce que l’on a appelé un « ultracrépidarianisme », abordant d’une manière caricaturale ce qu’il est possible de tirer de l’échange dépeint par Gaius Plinius, entre l’artisan sūtor de condition modeste et le peintre Apelle de Cos, bien que ce dernier eut auparavant tenu compte de l’avis de l’humble personnage34. Il semble que l’on ait été plutôt en face dans ce cas évoqué par la littérature antique, d’une exaspération compréhensible et non nécessairement d’une objectivité indiscutable des conclusions, dans la mesure ou le regard critique artistique ne saurait être tributaire d’un unilatéralisme.
Loin de nous égarer de notre sujet, et de nous attarder sur une expression35 qui comme d’autres a souffert dès le départ d’insuffisances masquées par une légitime aversion pour une sous-estimation du rôle de l’expertise, cette digression si elle en est une, traduit le fait qu’il est plus que nécessaire de s’accoutumer à une pensée dynamique ouverte à la critique, tout en faisant preuve de rigueur et en définissant des règles d’exigence de celle-ci. C’est là il faut l’avouer, une tâche peu aisée dans nos contemporanéités, dans lesquelles il est parfois question à maintes reprises, de l’échantillon que l’on définit comme apte à remettre en question, en lieu et place d’une analyse de la cohérence des arguments opposés.
La binarité prégnante qui tend à contagionner les logiques, installe à souhait les individus entre « simplicismes » et relativismes constants, en éloignant d’un arbitrage entre pertinence et non pertinence vers lequel il serait souhaitable de tendre, ce qu’évoque également d’une certaine manière Bernard Lahire36, et qui il va s’en dire laisse entrevoir de possibles pistes d’apports judicieux, dans la structuration de pédagogies.

Dans des marches voulues transformatives, le cantonnement à des postures réductrices d’un horizon accessible, l’appauvrissement de démarches possédant un intérêt réel, par la systématisation de la dénaturation du résultat de pensées en mouvement, de leur matière eidétique37, annihile leurs valeurs immanentes et ruine le dimensionnement de progressions s’en servant. De même, la caractérisation sélective de faits de façon lacunaire, pour en concevoir des leçons perpétuelles censées faire loi, manifesterait une faible affection pour ce qui n’est pas figé ou reproduisible selon des schémas peu ouverts à la réflexivité, et ne pourrait que difficilement prémunir de faiblesses épistémologiques.

[…] la caractérisation sélective d’un fait de façon lacunaire, pour en concevoir des leçons perpétuelles censées faire loi, manifesterait une faible affection pour ce qui n’est pas figé ou reproduisible selon des schémas peu ouverts à la réflexivité, et ne pourrait que difficilement prémunir de faiblesses épistémologiques.

Le prosélytisme implicite ou franc en faveur du simplifié, qui irrigue de nouvelles rationalités, fait des émules au grand dam de demandes pressantes de compétences, et s’immisce dans des champs de réflexion38, menaçant l’acquisition d’aptitudes.
L’initiation à l’indissécable, au non statique, l’exploitation efficace de la créativité dans le contexte de l’enseignement en environnements privilégiés39 et non favorisés, y faire appel de façon précoce à l’esprit critique40 par le recours à des ressources pédagogiques pensées rigoureusement pour, ne peut être l’apanage que de sociétés autres, et ne pourra se faire sans des demandes sociales locales franches, loin de moteurs habituels de marches quasi naturelles.
De processus scolaires et interactions humaines localisées, peuvent naturellement découler outre un « syndrome » du verre plein, un sentiment de satiété à l’égard d’un acquérable, distanciant d’activités côtoyant de trop près des pratiques perçues comme inscrites dans l’enclos d’une instruction académique rebutante. Ce qui amènerait également, afin de surmonter des entraves à l’obtention de changements se reflétant par des paliers majeurs franchis, à interroger la formalisation d’attentes, de logiques traversant des systèmes éducatifs, et leurs effets sur des apprenants.
Il est essentiel au demeurant, de les préparer à l’évaluation des raisonnements auxquels ils sont exposés y compris des leurs, et à éviter les écueils du hâtif. L’enthousiasme de la formation acquise, celui du milieu de vie, de la fonction espérée puis occupée, se révélant par une diversité d’habitus, s’expriment en aidant à élaborer des individualités, mais ne devraient pas prendre le pas sur la lucidité et biaiser l’évaluation de la portée de postures individuelles, sur des destinées collectives.


Par ailleurs, la surestimation des retombées de la pratique comme exercice – qui se consolide dans des environnements modelés en conséquence – prise isolément comme creuset de mouvements irrémédiablement plus méritants et intrinsèquement vertueux, produisant ses propres codes et entérinant des processus de construction de la perspicacité, aboutit à des insuffisances majeures en termes de praxis. L’idée d’un pragmatisme41 non philosophique et omnipotent, en conflictualité avec la volonté de questionner au-delà du champ forgé par des raccourcis ontologiques, ferme la voie à celle d’alternatives poussant à sortir de schémas qui semblent indépassables. L’on finirait ainsi e.g. par réifier la raison d’être d’une structure, par le mérite de l’action qui fait aboutir au simple fonctionnement d’un système.
Dans de tels environnements, le risque de s’arrêter à l’élément incarnant la symbolique d’une fonction, de le faire primer sur la qualité des motivations qui enclenchent le processus qui lui donne son sens, est accru. Il conduit à conférer à répétition un caractère probant à des usages, et à écarter l’évaluation du bien-fondé et des répercussions de ceux-ci, notamment par des cycles de satisfaction autoentretenue.

Le recours fréquent à des schémas de réflexion par analogisme ou similitude que l’on choisit de percevoir entre situations, quant à lui, n’aide en rien à penser les sujets de façon relativement autonome et dans leur entièreté. Il présuppose la comparabilité effective et sans concession majeure des éléments mis en équivalence, et subséquemment une compréhension la plus intime possible de ces derniers. Ainsi, il ne pourrait e.g. objectivement y avoir de raisonnement instructif à partir de divergences de trajectoires économiques observées, sans prise en compte des cheminements historiques non trivialement compressés, de réalités sociologiques pour le moins intégrées, à la lumière desquels les explorations causales se dirigent vers des profondeurs requises. Cela implique par extension une approche prudente vis-à-vis d’inflexions narratives, similaires dans leurs constructions par des usages lexicaux et discursifs pouvant être préjudiciables42. L’existence de similarités mineures perceptibles, de corrélations entre éléments, ne saurait être une condition suffisante pour la caractérisation de phénomènes liés et pour leur compréhension, en dehors de l’ouverture à une transversalité d’approches.

La réflexion par déduction à partir de la sémantique et imprégnation par l’affectio43 induit par la perception de charges44 symboliques de termes, que l’on observe, pour sa part favorise un enfermement dans des postures. L’on pourrait y percevoir une ouverture à du prêt-à-penser, qui escamote une complexité qui n’est pas non plus à dévoyer, et qui n’épargne pas la relation à la connaissance méthodique par soi, pourtant indispensable à la construction de psychismes nourrissant une activité de curiosité qui peut en être lésée.

Avec les nouveaux environnements de prédilection de l’expression, il nous est autorisé par principe d’étaler quasiment sans limite nos avis et opinions, – le jeu social l’imposant – qui sont alors évalués à la lueur de nouveaux codes de pertinence dont font partie intégrante, l’audience, la notoriété, le titre, etc., en somme des paramètres configurables45 participant à la fabrique de la crédibilité.

Avec les nouveaux environnements de prédilection de l’expression, il nous est autorisé par principe d’étaler quasiment sans limite nos avis et opinions, – le jeu social l’imposant – qui sont alors évalués à la lueur de nouveaux codes de pertinence […] des paramètres configurables participant à la fabrique de la crédibilité.

Les externalités, découlant de l’emprise du plausibilis46 – à la discrétion de l’homo œconomicus47 – et apparaissant comme source de constructions argumentaires spontanées, ne peuvent que déboucher sur une amplification des incertitudes entourant la pertinence de conclusions. Elles ouvrent la voie à une pluralité d’émergences, incluant une sous-traitance institutionnalisée de capacités analytiques et critiques, pouvant être projetée dans l’idée d’un « fact-checking »48 ; qui bien au-delà de la question des aptitudes qui ne s’improvisent pas à partir d’une matrice qui s’y prête peu, pose celle de l’efficacité de l’entreprise de vérification d’informations prise sous l’angle d’une volonté relativement partagée par les destinataires, et qui n’accorderait pas dans son évolution une part substantielle aux constructions critiques individuelles, dans des processus standards et mélioratifs d’acquisition des savoirs. L’on pourrait y voir une démarche de dépouillement de problématiques initiales, s’articulant avec des réponses applicatives du même ordre.

Prise au piège entre mimétisme lexical clouant au pilori autonomie de la pensée et tentatives d’abstraction sapées par des généralismes, l’ambition de congruence du propos se trouve régulièrement malmenée, à l’ère de la doctrine de l’arbitrage utilitariste de l’allocation de temps, dans laquelle la nature chronophage de pratiques non monnayables dans un immédiat, constitue un frein à leur propagation malgré leur utilité.
L’état de la relation à la pensée critique, qui se nourrit lui-même entre autres du retour que l’environnement immédiat lui fait, est affecté. L’adaptation à l’idée du complexus49, dans un va-et-vient spontané entre l’appréhension distincte de l’essence du tout et celle de chacune des composantes coalisées, apparaît en tout état de cause comme un prérequis dont il ne serait possible de se passer, et par conséquent, à rendre accessible autant que possible50.
La relation saine à soi et aux autres, conditionnée par la perception de l’importance que l’on accorde aux productions intellectuelles endogènes passées et actuelles, au dynamisme de celles-ci, est un chantier non encore suffisamment entamé. Le difficile affleurement d’une soif diffuse pour des cultures dont la richesse reposera sur des consciences historiques et des ressources intellectuelles foisonnantes, est un point inhibant des marches pouvant encourager et charrier continuellement une adéquation des actions et des choix à portée significative. Celle-ci impliquant la perception, de l’impératif de leur réalisation dans des temps impartis.
L’individu est alors susceptible, faute d’assise bâtie en phase avec des ambitions qui semblent trouver de l’écho, d’être conditionné par ce qu’il n’arrive à questionner avec mesure, à penser les possibilités d’essor de son milieu en minorant le rôle d’acquis en termes de capacités intrinsèques et conditions préalables. Laissant ainsi d’emblée libre cours à l’idée convaincante d’une possibilité de concourir immédiatement de façon décisive, qui satisfait à la perception d’échelles de progrès implicitement construites, dans une vision des choses qui ne peut donc qu’être anhistorique, déclinant le nécessaire du progrès en un ersatz, une standardisation de cases à cocher avec un morcellement des problématiques.

Les chantiers sont légion. Ils appellent constamment à développer une conscience d’environnements parfois culturellement fragilisés du point de vue de l’ossature de politiques consacrées et de résultats obtenus, desquels émergent certes des volontés précieuses et réelles portées aussi par des populations, mais encore souvent trop réduites à des appétits considérablement restreints ou étouffés par des habitudes persistantes. Ce qui appelle naturellement à la prise en compte dans la conception d’approches, d’automatismes et inclinaisons qui tendent à nuire à toute entreprise d’instruction s’inscrivant dans une logique prospectiviste, ciblant le franchissement du seuil des seules exigences d’un alphabétisme aux objectifs encore non atteints, et qui ne serait pas pensée en dehors des exigences en matière de modelage d’un capital humain désiré.
Si des perceptions tendent à appréhender des régions au Sud du Sahara comme possédant des caractéristiques particulières, qui sont souvent noyées paradoxalement dans un commun pensé comme un tout abstrait, ces dernières ne peuvent écarter les territoires en question d’une autre réalité, celle de leur incorporation dans des cadres unifiés par des mécaniques créées, sur lesquelles ils n’ont que peu de contrôle.
Cela signifie qu’il ne peut exister de chemins à l’abri de chocs déstructurants, violents, et qui seraient dédiés à ces régions, les soustrayant à la complexité et à l’intransigeance des obligations d’une économie transcontinentale aux mutations continuelles.
L’on ne pourrait en définitive penser des progrès collectifs en fonction d’une perception triviale de soi et de sa position dans un ensemble plus vaste, quand des vulnérabilités dépendent de la capacité à résister aux impacts de crises subies, en présence d’insuffisances internes produites et insuffisamment traitées.
La charge pesante du désir de changement, fait de surcroît encourir d’innombrables risques. La propension à accueillir relativement positivement toute posture accommodante paraissant inciter à un dépassement, dispensant d’un recours minutieux aux outils clés disponibles, gagne sans grande difficulté des populations qu’une attractivité formelle du discours peut contenter ou mettre en mouvement, ouvrant la voie à des autocritiques succinctes, peu abouties et prévisibles, d’une nocivité remarquable.
Dans un contexte de recrudescence de menaces considérables et multiples, épaississant le millefeuille des défis, il reste à garder à l’esprit les conditions sine qua non sans lesquelles des progrès espérés sont hypothétiques. L’orientation actée et progressive vers une « économie du savoir »51 génératrice de revenus considérables sur lesquels reposent des transformations sociales et la pérennité d’activités commerciales élargissant leur domination, faisant la part belle à des échanges de productions intellectuelles, oblige également à réfléchir à la position que ces régions africaines souhaiteraient occuper.
La valorisation décisive de l’immatériel52 par une inscription de l’individu dans le continuum de son Histoire de production du savoir, passera inévitablement par celle de legs auxquels il faudrait redonner une légitimité dans la perspective de leur densification. Sans cela, dans une période de remise en cause paradoxale de la scientificité et de l’apport de sciences humaines et sociales, dominée par une doxa de l’individualisme de survie évidant et inopérant, les périls n’en seraient que décuplés.


Par Aidy




Notes et bibliographie

  1. Voir par exemple, Firth, J., Torous, J., Stubbs, B., Firth, J. A., Steiner, G. Z., Smith, L., … & Sarris, J. (2019). The “online brain”: how the Internet may be changing our cognition. World Psychiatry18(2), 119-129.[]
  2. Ne se limitant pas aux plateformes d’interconnexion numérique et d’échange, et intégrant nécessairement le grand nombre d’autres espaces privilégiés.[]
  3. Voir par exemple, Sulemana, I., Nketiah-Amponsah, E., Codjoe, E. A., & Andoh, J. A. N. (2019). Urbanization and income inequality in Sub-Saharan Africa. Sustainable cities and society48, 101544.[]
  4. C’est là un point qui nécessite de la prudence. Une harmonisation de tendances, en l’absence de fondamentaux similaires, n’entraîne évidemment pas les mêmes conséquences désastreuses pour tous les territoires.[]
  5. Il faudrait rappeler que les mesures d’iniquités liées au genre, si elles trouvent une utilité certaine, peuvent en revanche sans une lecture méthodologique appropriée, dépassant celles toutes simples faites de rangs et stimulant des discussions, induire des erreurs importantes d’interprétation. Concernant les régions africaines subsahariennes (Voir par exemple, OECD.Stat – SIGI 2023, l’Index Institutions Sociales et Égalité homme-femme, et méthode mathématique de détermination), en dehors des données manquantes, la prise en compte de l’existence de législations peut considérablement faire varier des rangs, indépendamment d’une matérialité d’autres expériences vécues. À cela s’ajoutent des critères de lecture, variant selon les inégalités mesurées, et à connaître.[]
  6. La condition féminine, concernant les régions continentales auxquelles nous nous intéressons dans ces lignes, reste dans un état préoccupant malgré des évolutions positives. Nos conclusions, ne sauraient à ce titre s’éloigner grandement de l’idée derrière ce propos de l’historienne : « Il s’est avéré non significatif de distinguer la période coloniale de celle qui suivit l’indépendance : les influences et métissages culturels ont accéléré leur emprise dès le début de la domination européenne, et la décolonisation proprement dite n’a pas exercé d’effet particulier sur la condition féminine. ». cf. Coquery-Vidrovitch, Catherine. Les Africaines: Histoire des femmes d’Afrique noire du XIXe au XXe siècles. N.p.: Desjonquères, 2013.[]
  7. En référence à J. A. Schumpeter, qui au XXe siècle inséra d’une manière particulière diverses notions dans le champ de la réflexion, parmi lesquelles celle d’entrepreneur, et son rôle dans la dynamique de progrès comme un homo providentialis. Un paradoxe réside encore une fois, dans le « simplicisme » d’une pensée restée figée, s’opposant d’ailleurs à celle de l’intellectuel lui-même, qui s’inscrivit aussi dans une critique de la rigidité du modèle walrasien, avec également des insuffisances. S’en tenir au XXIe siècle – indépendamment de toute prise en compte d’une évolution des connaissances – à une forme dépouillée de ses motivations initiales, s’avère malheureusement et à l’évidence improductif. Voir par exemple, Schumpeter, Joseph A. “The Creative Response in Economic History.” The Journal of Economic History 7, no. 2 (1947): 149–59. http://www.jstor.org/stable/2113338. ; et aussi, Boutillier, S. & Uzinidis, D. (2013). L’entrepreneur schumpétérien. La Pensée, 375, 97-109. https://doi.org/10.3917/lp.375.0097[]
  8. Pour avoir une idée de la pensée schumpétérienne et mesurer des limites évidentes, voir par exemple, Deblock Christian, Fontan Jean-Marc (dir.), « Innovation et développement chez Schumpeter », Revue Interventions économiques, n° 46, novembre 2012.[]
  9. Lire par exemple, Africa–Europe Cooperation and Digital Transformation. États-Unis: Taylor & Francis, (n.d.).[]
  10. Mobile internet Adoption in West Africa, Rodríguez-Castelán et al., 2021.[]
  11. La notion de connectivité, ne laisse aucunement présager de la qualité ou de l’efficacité des usages qui en sont faits, dans le sens de leur caractère structurant et des impacts dans des domaines critiques. L’on a par exemple en termes d’utilisation de cette technologie dans des visées éducatives, pour le Sénégal, un taux près de 2 fois inférieur à celui du Guatemala ; et dans le cas du Nigeria, pour l’accès des utilisateurs à des services de santé, un taux de 8 points inférieur à celui du Bangladesh. L’évolution du taux de connectivité est un phénomène qui s’observe de façon relativement globale, reposant sur certains mécanismes que l’on peut qualifier de peu complexes, non réellement dissociables de facteurs aussi démographiques. Par ailleurs, l’approche méthodologique GSMA mettant en évidence l’importance des proportions régionales de populations jeunes dans l’obtention des résultats, l’interprétation de données reflétant l’adoption de la technologie pour les 18 ans et plus, nécessite une prise de recul adaptée.[]
  12. Pour les 25 ans et moins, les écarts de proportion d’individus ayant une accessibilité domestique au réseau, sont assez importants malgré le caractère essentiel de la technologie pour des catégories jeunes. cf. How Many Children and Young People Have Internet Access at Home ? Estimating Digital Connectivity During the COVID-19 Pandemic, New York, NY, UNICEF.[]
  13. Le théâtre, dans plusieurs sociétés locales sous domination coloniale et ensuite, fut notamment dans plusieurs pays Ouest-Africains un exutoire, permettant à la fois de communiquer avec les masses par des voies aisément démocratisables, mais aussi permettant des formes de catharsis, dévoilant ce qui n’arrivait à être suffisamment porté et rendu audible. Lire par exemple, A History of Theatre in Africa. Royaume-Uni: Cambridge University Press, 2004.[]
  14. Le terme Congo employé ici, désigne l’espace géographique duquel émergea l’Afrique équatoriale française (AEF) au début du XXe siècle, avec un focus sur des terres qui furent intégrées plus tard au Congo dit belge. Voir par exemple, Maëline Le Lay, Kunda Christian. « Le théâtre au Katanga: aperçu historique ». Etudes Littéraires Africaines, 2009, Lubumbashi, épicentre littéraire, 27. ⟨halshs-01576331⟩[]
  15. Pratique ancienne autour de la figure du féminin, retrouvée chez des populations yoruba et nagô (Bénin…), servant aussi de support à une diversité de messages. Voir par exemple, Lawal, Babatunde. The Gelede Spectacle: Art, Gender, and Social Harmony in an African Culture. Royaume-Uni: University of Washington Press, 1996.[]
  16. Traduisible par « grand escargot »[]
  17. cf. Théâtre thérapeutique. Voir, Bagayoko, Adama. Kolokèlen : théâtre et folie. N.p.: FeniXX réédition numérique, 1996.[]
  18. Actes du Colloque sur le théâtre négro-africain. France: Présence africaine, 1971.[][]
  19. Mélanges: (réflexions D’hommes de Culture) : Présence Africaine 1947-1967. France: Présence Africaine, 1969.[]
  20. Voir par exemple, Florence Kouassi Akissi, “Aux sources du théâtre ivoirien moderne : cas des premiers auteurs et leurs œuvres”, Horizons/Théâtre [Online], 13 | 2018, Online since 01 January 2019, connection on 20 April 2023. URL: http://journals.openedition.org/ht/1166 ; DOI: https://doi.org/10.4000/ht.1166[]
  21. Cela n’est pas sans rappeler cette formule sans ambiguïté de Césaire, explicitant la nécessité d’une ouverture au monde « les yeux grands ouverts ». cf. Discours prononcé par Aimé Césaire à Dakar le 6 avril 1966”, Gradhiva [Online], 10 | 2009, Online since 05 February 2010, connection on 19 April 2023. URL: http://journals.openedition.org/gradhiva/1604 ; DOI: https://doi.org/10.4000/gradhiva.1604[]
  22. Dans le sens d’une non réduction à la simple action de lire, qui peut concerner une multitude de supports (des brèves et courantes inscriptions indicatives, notes de cours, aux textes issus d’œuvres variées).[]
  23. Voir par exemple, Wolff, H. Ekkehard. Language and Development in Africa: Perceptions, Ideologies and Challenges. N.p.: Cambridge University Press, 2016.[]
  24. Sans assignation à un support précis. Les ouvrages numériques ne constituant pas ici seulement de prime abord, une menace pour l’activité de lecture, ceux-ci ouvrant à une accessibilité différente.[]
  25. Des effets de l’injonction à la lecture, sont contreproductifs même dans des formes camouflées. Ce que d’ailleurs la sociologie de la lecture met en quelque sorte en évidence, sans prendre le risque d’homogénéiser les sociétés étudiées. « Le repli de la lecture d’imprimés est contemporain d’une scolarisation en plein développement […] Toute lecture tend à devenir scolaire étouffant ainsi les autres usages de la pratique. ». cf. Poissenot, Claude. Sociologie de la lecture. France: Armand Colin, 2019.[]
  26. La segmentation du marché fait apparaitre les catégories suivantes : Scolaire (prescrit), parascolaire, littérature, jeunesse, universitaire, essais et professionnel, bande dessinée, autres. cf. Étude Institut français citée.[]
  27. Bureau international de l’édition française (BIEF). Le marché du livre en français en Afrique de l’Ouest, 2021[]
  28. Le livre en langue française dans le monde: Les états généraux du livre en langue française dans le monde, Institut Français, 2021.[]
  29. Dans son ouvrage paru en 1979, l’auteur relate les péripéties d’un historien (Ahmed Nara), qui dans une démarche visant aussi à se réapproprier la connaissance de soi, s’investit de la mission de déconstruire des considérations sur le peuple Kuba, au milieu des siens en environnement imprégné par le colonialisme. Un passage de l’œuvre: « They loudly proclaim the wealth and the complexity of our culture… What a joke ! When most of us don’t even get one decent meal a day. You see, Nara, with Negritude they’ve taught us that we have something to think about… A pastime for rich kids. » cf. Mudimbe, V. Y.. The rift. États-Unis: University of Minnesota Press, 1993.[]
  30. Modernité, un terme qui ne manque point d’usages dans nos milieux, mais qui à l’évidence est assez peu appréhendé dans sa nature véritable. Il invite à tirer profit de la découverte de sa profondeur. L’on pourrait penser e.g. à cet aphorisme de Gérard Raulet : « La conscience de la Modernité suppose au préalable une conscience de l’Histoire » cf. Vadé, Yves. Ce que modernité veut dire. France: Presses universitaires de Bordeaux, 1994.[]
  31. Voir par exemple, Emilie Stien, L’impact de la culture sur le comportement de consommation : modélisation d’un comportement de consommation éthique ethnique, 2012[]
  32. Lire par exemple, Lorenz-Spreen, P., Mønsted, B.M., Hövel, P. et al. Accelerating dynamics of collective attention. Nat Commun 10, 1759 (2019). https://doi.org/10.1038/s41467-019-09311-w[]
  33. Une idée qui se retrouve antérieurement chez le mathématicien Warren Weaver. Elle fut reprise et adaptée par Edgar Morin: « La complexité organisée, elle, signifie à nos yeux que les systèmes sont eux-mêmes complexes parce que leur organisation suppose, comporte, ou produit de la complexité.». cf. Malaina, A. (2008). Edgar Morin et Jesús Ibáñez : sociologie et théories de la complexité. Nouvelles perspectives en sciences sociales, 3(2), 9–39. https://doi.org/10.7202/602475ar[]
  34. Pline l’Ancien, Histoire Naturelle, tome second, livre XXXV, traduction Française par É. Littré, J.J. Dubochet, Le Chevalier, et Comp. Editeurs, Paris, 1850, XXXIV, XXXV et XXXVI.[]
  35. « Sutor ne supra crepidam ». Traduisible du latin par « Cordonnier, pas plus haut que la chaussure ».[]
  36. Lahire, Bernard., Millet, Mathias., Pardell, Everest. Les manières d’étudier: enquête 1994. France: La documentation française, 1997.[]
  37. Une dénaturation qui se manifeste aussi par la récurrence d’un recours à une déconceptualisation ; à l’action de penser la duplication bénéfique de logiques et de processus, en exemptant du travail préalable d’analyse de l’adéquation, d’interrogation du parcours et de l’évolution des idées rencontrées.[]
  38. Dans le domaine des disciplines universitaires, la science économique par exemple sur son itinéraire, ne put hélas échapper à des problématiques qui sont profondément celles de la qualité des épistémè et du rapport à d’autres sciences sociales, sans toutefois que cela ne soit suffisamment perçu comme problématique, dans le cadre de son intervention dans le champ du décisionnel. Pour une analyse autour de la structuration de la discipline, voir par exemple, Boyer, Robert. Une discipline sans réflexivité peut-elle être une science ? épistémologie de l’économie. France: Editions de la Sorbonne, 2021.[]
  39. Il existe un biais récurrent qui concerne la perception de conditions privilégiées relatives. S’il est fondamental de mettre l’accent sur la nécessité de gains économiques inclusifs, la prise de conscience de conditions privilégiées et des exigences de celles-ci, comme par exemple l’atteinte d’un niveau d’éducation postsecondaire ou l’achèvement d’un cursus supérieur, est primordiale. Les taux d’achèvement, souvent sont en deçà des 5%. Voir par exemple, Bawany, Bilal., Gao, Shang., Darvas, Peter., Shen, Yijun. Enseignement Supérieur Et Équité en Afrique Subsaharienne: Elargir L’opportunité Au-delà  de L’élite. États-Unis: World Bank Publications, (n.d.).[]
  40. Qui n’est pas à considérer comme une idée de compétences reposant sur des éléments discrétionnaires.[]
  41. Le pragmatisme comme doctrine, n’est pas à considérer dans un sens appauvri, qui se satisfait d’un prisme « action-résultat » le dépossédant de son but initial et de sa signification réelle. Il implique nécessairement une entreprise de réflexion qui avec ses limites, tente de ne pas se départir de la complexité de l’environnement, et qui émerge de celui-ci, sans transposition hasardeuse. « Toute la notion de vérité, que nous affirmons naturellement et sans réflexion […] se montre difficile à comprendre clairement. ». cf. James, W. (2005). Le pragmatisme et le sens commun 1. Sociétés, (3), 29-42. Il est aussi une recentralisation d’une pensée mûrie, il n’écarte pas un empirisme scientifique, lui-même à comprendre par le biais de ses origines historiques. Afin de mieux comprendre le pragmatisme, voir par exemple, Le pragmatisme. In: L’année psychologique. 1907 vol. 14. pp. 355-379.
    DOI : https://doi.org/10.3406/psy.1907.3747. Voir aussi par exemple, James, William., Bergson, Henri. Le Pragmatisme. France: Collection XIX, 2016.[]
  42. L’évocation par exemple d’une « fuite des cerveaux », se focalisant sur des mouvements migratoires de populations africaines subsahariennes jeunes ou éduquées, qui éloignerait les regards de réalités propres, d’une caractérisation plus productive du problème, et ne définirait pas une échelle de valeur en conformité avec les enjeux de compétitivité scientifique d’un certain ordre desquels émergea cette expression, poserait problème. L’anglicisme « Brain drain » se retrouve antérieurement employé notamment ici, dans des discussions relatives à la politique scientifique du Royaume-Uni, impliquant les profils parmi les plus en vue de leurs champs de connaissance. cf. Official report, House of Lords, 27th February, 1963 ; vol. 247, c. 87–89.[]
  43. Issu du latin. Effet produit sur l’esprit de quelqu’un : Action d’affecter, influence, etc.[]
  44. Une idée qui se rapproche de la notion de charge culturelle d’un mot, définissable comme suit : « La quantité de culture, c’est-à-dire d’éléments culturels propre à une certaine civilisation, à un certain pays, à une certaine région, que véhicule ce mot, etc. ». cf. Van Baardewijk-Rességuier, Jacqueline. « Les mots de la culture » Zwanenburg, Wiecher., Hulk, Aafke. Du lexique à la morphologie: du côté de chez Zwaan : textes réunis en l’honneur du soixantième anniversaire de Wiecher Zwanenburg. Pays-Bas: Rodopi, 1993.[]
  45. Une configuration pour le pire et le meilleur. L’idée ici, se rapprocherait d’éléments mis également en évidence par des travaux sur la reconnaissance sociale. Voir par exemple, Pierre-Marie Chauvin (2013), Boris Attencourt (2016), etc.[]
  46. Traduisible du latin par « louable », « qui plait ». Proche du mot « plausible ». Au sujet d’idées, de déductions attractives, etc., considérées d’emblée comme potentiellement justes, sans vraiment recourir préalablement à des approches appropriées.[]
  47. Traduisible du latin par « Homme économique ». Concept, simplification tirée de la science économique, caractérisant un individu hypothétique considéré comme rationnel, enclin à la maximisation de sa satisfaction sous la contrainte de ses ressources.[]
  48. Le fact-checking ne constitue pas une activité nouvelle dans le paysage de l’information. L’on pourrait remonter à des pratiques, perceptibles au début du XXe siècle notamment en Amérique du Nord. Voir par exemple, Fabry, Merrill. Here’s How the First Fact-Checkers Were Able to Do Their Jobs Before the Internet, TIME’s, 2017.[]
  49. Traduisible du latin par « imbriqué », « tissé ensemble », etc. Voir par exemple, Bréchet, Jean-Pierre. Edgar Morin – La complexité comme défi à la connaissance. France: Éditions EMS, 2012. La complexité, ce qui s’en approche dans nos perceptions, ne devrait pas rebuter, mais plutôt susciter un désir de démêler des éléments souvent largement plus accessibles quand l’on fait usage de méthode.[]
  50. Par extension, différencier par exemple dans la réflexion, l’activité productive locale globale d’un territoire (l’agrégation de valeurs incarnée par un indicateur, indépendamment de la répartition réelle des contributions et des retombées, et présentée de façon abstraite mais attractive), et l’activité économique de celui-ci, considérée dans ses apports et gains, prise à l’échelle des communautés, l’insertion de l’individu lambda dans celle-ci, et ses perspectives tenant compte des conflictualités sociétales, et des possibilités réelles offertes par des trajectoires.[]
  51. Pour appréhender des dimensions de cette notion et de cette tendance relativement ancienne, voir par exemple, David, P. & Foray, D. (2002). Une introduction à l’économie et à la société du savoir. Revue internationale des sciences sociales, 171, 13-28. https://doi.org/10.3917/riss.171.0013[]
  52. Intégrant celle forgée par une volonté de construire une relation avec le littéraire, aux côtés d’un encouragement de regards appropriés sur des traditions orales, savoir-faire, arts hérités, etc. Elle vise un renouvellement d’une envie et d’un besoin incompressible de comprendre son monde ; l’acceptation des implications et des règles de l’ambition d’une réussite qui se concrétise depuis les échelles les plus réduites.[]